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1 Janvier
Le temps est toujours miraculeusement au beau. Quelques nuages effilochés font grappes dans les lointains. Sur la plage de l’Opéra on a dû faire la fête cette nuit. Des ballons de couleurs se dressent ainsi que des fanions qui font bel effet comme contrepoint aux nuages. Une mendiante (sud-américaine ?) réussit à me soulager de dix euros…
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Comme tous les premier de l’an, une sorte de tristesse se pose sur ce jour de début d’année nouvelle.
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5 Janvier
A Bernard :
Ce ne sont pas des vitraux nouveaux. Je
les ai extraits du fameux "polyptique de Jérôme Bosch". Et si même je
voulais en faire de pareils, je ne pourrais plus n’ayant plus les mêmes outils
que dans le portable précédent. A moins de passer par d’autres combinaisons,
mais je n’ai pas encore trouvé. Donc, plus de petite renarde, plus de
polyptiques etc. Idem avec la suppression du "paint" d’il y a 10 ans.
C’est à croire, qu’arbitrairement les ingénieurs remplacent pour faire du
nouveau en soi, éliminant de beaux outils. On devrait toujours demander une
démonstration quand on achète un nouveau modèle. Mais on ne le fait pas, ou les
supposés vendeurs ne sauraient donner les indications de base. Quant aux
"mode d’emploi" (fait par des ingénieurs), mieux vaut d’abord parler
leur langue ou prendre des cours de compréhension première…
Voilà, pour te dire que plus on avance, plus on élague des données qui
m’étaient familières.
Pour les Marchand "maison", les vitres de protection sont vraiment un
obstacle. Je vais tenter de déplacer, de trouver un éclairage pénalisant le
moins possible la vision optimum. Pour l’intro, il suffira de modifier à peine
ce qui avait été écrit à propos de l’expo de Saint Jean en 2019. Ecrit en 2
parties, relatant 1) l’expo elle-même, et 2) une vieille intro que je trouve
toujours valable. Tu me diras ce que tu en penses.
Page 138 de l’original – année 2019 du Carnet – (si tu l’as encore), sinon au
16 Juillet 2019. Cela tiendrait en 2 pages (pour une intro c’est suffisant).
Par contre, on pourrait mettre en valeur le nombre impressionnant d’œuvres de
l’artiste, tant aux EU qu’en Suède ou dans les coll. particulières (une
pleine page au moins). Les lettres de Mme Valore-Utrillo, de Dubuffet et de
Matisse en appendice. L’idée est de mettre en éclairage un artiste ami, connu
avant la fin du siècle précédent, disparu juste en 2000…).
On en parlera prochainement.
6 Janvier
Froidures du matin dans les rues de Nice et même sur la Prom. Mais la France entière est sous la neige. Nous avons ici encore un soleil insolent. Je marche beaucoup le matin. Entre six et dix kilomètres.
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7 Janvier
Il fait grand soleil. Il fait aussi 3°… Ce qui n’empêche pas la bande de forcenés de la plage de l’Opéra de faire trempette comme il le font quel que soit le temps et la saison.
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Funérailles de Brigitte Bardot à saint Tropez. Le général de Gaulle avait dit, le plus sérieusement du monde, eut égard à leur universalité, « la France c’est moi… et Brigitte Bardot ». Qu’en a pensé Yvonne ?
C’est une page de plus de la France des deuches, des 4L, des cinoches de quartiers, à mi-chemin des trente glorieuses, qui s’en va. Une France qui rayonnait bien au-delà même de cette Europe sombre de maintenant. La gauche, toujours reconnaissante, ne lui pardonne pas d’avoir été franchement droitière, loin de tous les garde-à-vous conformistes de tous ces saltimbanques dorés, frileusement assemblés dans la soft idéologie (antiracisme à sens unique) du moment.
On l’enterre donc ce matin au cimetière marin de Saint Tropez. « Je n’ai besoin de personne… », Initials B.B.
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Librairie Masséna. Je viens de reprendre le volume du « Chant du monde » de Giono qui s’est égaré dans l’amoncellement de livres qui parfois disparaissent réellement. Parvenu devant le présentoir des livres de la collection NOUS, je regarde souvent les volumes qui pourraient succéder à ceux de Carlo Levi ou à ceux de Sciascia qui sont autant de retour vers Gênes, Naples ou le sud de l’Italie. Et ce matin, mû par un instinct qui savait où il me menait, ma main se pose sur un volume dont je n’aperçus d’abord que le nom de l’auteur sur la partie supérieure, nom qui m’était totalement étranger, puis dans celle du bas, une magnifique photo de figues de barbarie éblouissante dans leur éclatante maturité. En quatrième de couverture je lus « Gesualdo Bufalino (1920-1996), « citoyen de partout et d’un petit bourg », Comiso, sa ville natale, où il fut enseignant et traducteur. Pour n’importe quel curieux, ce préambule à la découverte d’un auteur ignoré n’en dirait pas plus que cela. A la seule différence que pour moi, Comiso en Sicile, est la ville de naissance de mon grand-père, le Nono, qui vit le jour en 1886, soit il y a exactement cent quarante ans à partir de ce mois de janvier. Il a donc bien fallu qu’un instinct, plus fort que toute raison raisonnante, se pose ainsi, à une date symbolique dans le temps, pour une rencontre fortuite entre un auteur né comme lui dans ce village et s’offre à moi au travers d’un arc de temps et de cette image de figues mures et de souvenirs enfouis de l’enfance.
Il est dit aussi dans cette quatrième de couverture : « Ainsi nous continuons à opposer aux éblouissantes vociférations du soleil la certitude immémoriale que le néant triomphe de toute chose. Et que tant que nos yeux demeureront ouverts, la lumière et le deuil y seront éternellement destinés à se combattre et à s’aimer ». Et la mémoire de s’y immiscer entre temps.
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8 Janvier
A Bernard :
Ce matin, c’est le gel sur les pare-brise. On nous conseille de marcher en esquimau, voire en canard ou en dix heures dix, comme cet été il faudra privilégier l’ombre lors de fortes chaleurs. De même il est déconseillé fortement de ne plus se jeter dans la Seine pour des bains ludiques. De même il ne faudra négliger, en cas de conflit nucléaire, de bien se blottir sous les lits et de n’ouvrir les mallettes aux pansements et mercurochrome gouvernementales qu’en cas d’urgence. Et quand Paris subit deux centimètres de neige, c’est fou comme on en fait la « une » des news 24/24 aux radios de service publique et sur les autres itou. D’autres part, le plus sérieusement et le plus volontairement, les forces européennes s’unissent palabrement pour s’interposer, après signature de paix du conflit ukrainien, aux lisières stratégiques, de même que nous ne ferons courageusement, et diplomatiquement donc, aucune pression pour libérer le malheureux journaliste prisonnier depuis un an à Alger. D’autre part encore, à la décision de Trump d’augmenter de 25% les taxes sur nos produits d’exportation, notre souverain eut hier une phrase historique : "Non Donald, ne fais pas ça". Il est déjà sept heures du matin, il est temps de se recoucher
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11 Janvier
C’est au grand soleil des terrasses de la Libération, au Gambetta, que nous dégustons ce matin, Yeitson et moi, la douzaine d’huitres de « Gillardeau », la plus charnue et la plus fine qui soit.
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A Bernard :
Je finirais bientôt "la face cachée
des Mollah" de Emmanuel Razavi. Excellent document sur les rouages de
presque cinquante ans de République islamique. Puis ce sera "1966, l’année
mirifique". C’est vrai qu’il y a quelques années essentielles avant 68.
Des années du monde d’avant. Je me souviens que même les
"révolutionnaires" de Mai avaient encore des cravates dans les
manifs. Le monde avant le grand décoincement, mais où on a laissé en route des
choses qui parlent d’un temps respectable où on vivait bien aussi. J’ai trouvé
un volume apparemment anodin dans la collection NOUS qui édite les récits de
Carlo Levi ou Sciaccia sur l’Italie. Il s’agissait d’un auteur inconnu né dans
le village de Comiso, au cœur de la Sicile où est né mon Grand-père (Nono) ! Me
voilà paré pour tout l’hiver.
Je m’en vais voir s’il y a encore quelques nuages sur la baie des anges, ce
dont je doute vu le grand vent qui a soufflé toute la nuit.
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Monique Ariello me tient au courant de toute l’organisation de la future expo.
Elle est très pro dans ses démarches. On verra bien pour la vente de nos images
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18 Janvier
A Bernard :
J’ai hésité à prendre un de ces Krasznahorkai à la FNAC. J’ai trop de lecture en retard. Donc je poursuis "1966, année mirifique". Ça pourrait aussi t’intéresser. On est tous passé par cette année-là (comme les autres). Tout dépend ce qu’elle a pu représenter pour chacun de nous/ J’ai immédiatement eu à l’esprit les mini jupes, les vêtements métalliques de Courrèges, les femmes coiffées comme Sylvie Vartan. Les robes et les jupes étant portées au-dessus du genou par toutes les femmes, le tout était de savoir de combien de centimètres. Les moins audacieuses en restaient à cinq centimètres, d’autres osaient bien plus. Ce fut un des soucis de 66 ! Puis il y eut le jerk, qu’on a beaucoup oublié, aussi subversif, voire plus que certaines revendications de 68. 66 a vraiment été l’antichambre non prévisible, mais inexorablement causale de ce qui allait se produire. L’auteur, Antoine Compagnon, rappelle que les deux plus grands romanciers, Malraux et Mauriac, rivalisaient à distance. Le banquet (200 personnes) des 80 ans de Mauriac a été l’occasion de verser pas mal de fiel dans le milieu littéraire. Aragon faisait une préface de Barrès (!) et d’Ormesson n’avait pas encore éclos. Je n’en suis qu’au cinquième de ce pavé (500 pages) et les chapitres concernant les réformes des système scolaires et universitaires rappellent que, bien avant 68, des changements importants avaient été amorcés. Bref, un bon rappel d’une année qui a marqué ce qui fut une étape de l’adolescence, l’année aussi de Rubber Soul, où l’on pensait que les Beatles seraient éternels avec l’insouciance que chaque jour confirmait. Contrairement à certains livres dont je me débarrasse, les murs n’étant pas extensibles, celui-ci restera pour mémoire dans un coin de bibliothèque.
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20 Janvier
Généralement les vœux présidentiels engagent l’avenir vers l’espérance, la page de l’année se tournant s’ouvre sur de grands projets ou à défaut sur des perspectives mobilisatrices et fédératrices de toute la nation Au lieu de quoi, en cette fin 2025 on a vu notre président n’avancer durant les quelques minutes crépusculaires de son allocution, qu’un seul projet d’avenir, celui qu’il souhaite voir adopter avec l’arrivée de 2026, la loi sur l’euthanasie… Comme un résumé symbolique, tout à la fois, de sa propre disparition programmée qu’il n’envisage guère d’autre issue pour le pays que le choix et le moment de sa propre mort.
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Instinct de mort pour perspective. C’est l’image d’un précipice annoncé.
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Voilà, au terme de neuf années de schizophrénie démocratique entre un autocrate et son peuple, la triste perspective appelée de ses vœux.
Loin, bien loin d’une remise à plat d’une politique nataliste encourageant une démographie aujourd’hui essoufflée et compensée depuis longtemps par le continent africain. C’est avec un sourire crispé qu’il annonce la seule espérance qu’il nous souhaite, ce pari sur la fin de vie, sur ce que nomment les sophistes en mal de vérité crue, l’assistance de fin de vie.
Clap final.
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La SNCF inaugure parallèlement une série de wagons NO KIDS…
En d’autres temps, certains emplacements de bus urbains étaient NO NIGGERS…
Progressisme.
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21 Janvier
Comme tous les ans, c’est l’anniversaire du régicide de 1793, 21 janvier…
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Puisque de régicide on n’en fait plus depuis la Révolution, il faut noter que la France n’a pas de chance non plus avec ses deux derniers Présidents, et noter aussi que ces deux derniers élus de la Nation sont issus du socialisme. Depuis les débuts de la V° République on est passé du septennat au quinquennat, et malgré tout, ces deux derniers présidents semblent à bout de souffle avant même la fin de leur mandat. François Hollande est le premier du long cortège des élus depuis 1958 à ne s’être représenté pour un second mandat. Son triste bilan quinquennal lui aurait renvoyé en miroir un examen de conscience que l’honnêteté envers lui-même l’aura poussé à jeter l’éponge. Quant au Président M, apparu hier comme pour une scène de Top Gun (lunettes noires à la Conférence de Davos : on hésite entre le rôle d’un éligible aux oscars d’Hollywood dans le meilleur des cas, ou d’un affranchi du narcotrafic, dans le pire), l’opinion publique au travers des sondages et d’enquêtes diverses, en est au point de penser qu’une démission serait la solution la meilleure avant de provoquer un trop plein d’impatience, que quinze moins encore ne sauraient rendre supportable.
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Pourquoi le socialisme est-il encore en vie ? Parce que la France, contrairement à ce qu’elle laisse croire de la devise ornant ses frontons, a l’égalité dans le sang. La fraternité n’étant qu’un leurre, la liberté ne se contrôlant pas chez autrui, le français est viscéralement attaché à la seule valeur d’égalité sur laquelle il peut individuellement (et collectivement à l’Assemblée ou ailleurs), exercer un contrôle d’où il peut revendiquer le droit de taillader ce qui dépasse chez le voisin.
Coupeur de tête, coupeur de privilège.
J’ai vu, dans l’Education Nationale des années quatre-vingts dix, des classes expérimentales d’enfants à la compréhension et au développement supérieur rejetés par les Rectorats sous la pression de syndicats invoquant l’inégalité dans le traitement global en regard des classes de niveaux inférieurs. Il s’en est ensuivi rapidement une disparition de ses classes d’enfants au développement jugé « supérieur » et un retour à une égalité des chances par le toujours facile nivellement par le bas.
Pour une discrimination positive beaucoup plus conforme à l’égalité des chances nous a-t-on dit.
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22 Janvier
Je retrouve sous un amoncellement de livres, les peintures de Serge Belloni « le peintre de Paris », seul poète à s’apparenter, par la perfection poétique et sensible, à Maurice Utrillo.
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27 Janvier
A Bernard :
Justement, la rubrique Marchand me semble
bien construite, sinon que j’aimerais enfin voir apparaître la photo de ma
première expo (été 85 à St Jean) simplement légendée des personnes qui y
figurent. : Monique Hervieu, Cécilia, Louis Marchand, Marie-Paule Marchand et
Paul Hervieu. Sans autre explication. Sur cette photo on voit apparaître un
pastel qui a été reproduit en très grand nombre et qui tapisse peut-être encore
certains intérieurs. Je me souviens en avoir donné à des amis. Cette image est
même allée jusqu’en Autriche, chez la marraine d’Hélène. Si on compare avec
ceux présents en 2019 (il faut aussi faire figurer cette photo du vernissage,
ainsi que celle du portrait de Utrillo avec sa femme en exergue aux lettres de
celle-ci). Alors la rubrique sera achevée.
Je finis à peine "1966…", année vraiment de tourbillon qui couve
Mai deux ans plus tard. Quand je pense que j’avais 14 ans, et que le souvenir
que j’en ai est fait de douceur, d’indolence et d’insouciance…
Je vais peut-être ouvrir un roman, quelque chose qui me change de tant de
réalités passées ou présentes.
On part le 15 mars pour Prague, j’ai déjà le cartoville, mais est-ce bien
nécessaire, il me semble que je connais la ville comme ma poche.
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« L’année mirifique… 1966 ». Du plus loin de mes quatorze ans, je la voyais douce, encore dans les limbes d’une enfance qui n’en finissait pas de finir, le collège Saint Philippe au pied des Collinettes avant le grand lycée du Parc Impérial. Et pourtant, s’il fut une année turbulente, c’est bien celle-ci, transitoire peut-être, mais découlant d’une logique qui verrait les soubresauts de Mai comme convulsions d’un monde qui viendrait, rejetant l’ancien. C’est le déclin de Sartre, par la vague nouvelle, Deleuze, Foucault, Barthe, la French Theory avant son interprétation américaine, la déconstruction de l’Homme, puis la mort de celui-ci (Foucault), les querelles du Nouveau Roman déjà à jeter aux orties, tout n’étant plus que linguistique, langage, structure de texte. C’est l’achèvement du sujet obsolète, du psychologisme romanesque, la mort de Balzac et Zola à la fois. Roman Jacobson, le temps d’une saison pape du formalisme à l’occidentale, jette les bases de nouvelles règles, on déterre Saussure, le cinéma accouche de Au Hasard Balthazar et de Masculin Féminin, parallèlement à la Grande Vadrouille, des univers qui se tournent le dos. C’est l’année où se pose la question de la primauté de la Sorbonne ou de l’Ecole pratique des Hautes Etudes (fallait-il chercher le diable dans le détail), l’année de grandes restructurations de l’éducation nationale et de toute l’Université, du débordement des inscriptions en faculté, l’élaboration de divers numerus clausus et du barrage féroce de la Grammaire et Philologie afin d’endiguer l’afflux d’étudiants en Lettres Modernes, le nombre d’étudiants ne pouvant déboucher mécaniquement vers l’enseignement. C’est bien sûr, pour ce qui restera comme photo de ce temps, les mini-jupes, les coiffures à la Sylvie Vartan, l’apogée des Beatles, le transistor qui s’évade du poste de radio familial, les copains et ce que Edgard Morin nomma les yéyé (dernier avatar de l’étoile filante Presley), le classieux « Chapeau melon, bottes de cuir », et puis c’est aussi l’année de nos quatorze ans, les mercredis à jouer au ballon dans les cours et les morceaux de terrain qu’on annexait le temps d’un après-midi, et les quelques peu de jardin à notre disposition. Et puis on commençait aussi à prendre conscience de ce qu’on ne nommera qu’en 1985, la Shoah.
66, c’est aussi mon premier Juillet à Moulinet. Ce n’est évidemment pas dans le livre.
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