carnet, 2025



2 Janvier


Le temps est au beau. La Promenade des Anglais pourrait se rebaptiser la promenade des Italiens tant il y en a en ces débuts janvier. Dans leurs grands manteaux lourds, déambulant frileusement ou faisant de larges gestes vers l’azur sans aucune menace. Les enfants viennent butter sur vous avec leurs tricycles, les plages sont, comme dans « Mort à Venise », investies de ces voyageurs du Nord, emmitouflés dans leurs couvertures, lunettes noires au regard porté vers le large. Ils n’attendent rien, mais frileusement.

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3 Janvier


A Bernard :


C’est vrai que le 26, la cuite fut et restera mémorable. Le garçon de café voulait même nous offrir un verre et ne savait pas comment faire pour qu’on accepte. Tu aurais encore mieux trouvé ton chemin. On a commencé en plein grand soleil, on a fini dans le noir. Mais on a compté les étoiles et les années-lumière.

Je ne te surprendrai pas en te disant que ta lecture de mes analyses est tout à l’opposée ce ces analyses mêmes qui sont écrites noire sur blanc.

Une chose est tout de même récurrente chez toi, même si je n’en parle pas récemment, c’est cette idée que tu as que les gens de l’islam « finiront bien par se rendre compte que dieu n’existe pas ». Il ne s’agit pas tant d’ailleurs d’y croire, que d’imposer géographiquement une aire civilisationnelle où tout un système de foi, d’organisation et de transcendance se démarque de nous. Ça fait depuis le VII° siècle que ça dure. L’Islam est expansionniste par essence. Il a conquis l’Afrique du Nord, il a conquis pas mal de territoire en Asie. L’Afrique sub saharienne devient quasiment une dépendance musulmane sunnite (avec gri gris locaux), et l’entrisme des frères musulmans commencent maintenant à toucher l’Amérique. Et tu voudrais que l’Islam ne croit plus en l’Islam. D’autant que celui-ci nous méprise pour deux raison : quand nous étions chrétiens ils nous craignaient et nous combattaient comme des adversaires dignes. Et la seconde, corollaire, c’est qu’aujourd’hui, les idéologies du XIX et XX° siècle nous ont mené vers un monde dé spiritualisé donc méprisable pour eux. Nous étions mécréants parce que chrétiens, nous le sommes doublement pour avoir perdu la part spirituelle de notre vieil Occident. Ta réaction concernant Notre-Dame est assez édifiante.

Ce que je ne comprends pas non plus :

Mon égoïsme naturel supporte assez bien que ces régions soient à feu et à sang, j’espère pour les habitants que le calme reviendra. Les priorités restent : la paix (rien de pire que la guerre), ensuite la nourriture et enfin l’éducation (surtout des filles), le reste est du babillage.

1) la contradiction : en gros, je me fous d’un pays à feu et à sang… mais j’espère que la paix etc. rien de pire que la guerre….

2) l’important c’est la nourriture, l’éducation des filles, le reste du babillage.

Excuse du peu. C’est plus qu’un chantier en ruine, pas besoin de babillages c’est vrai (d’ailleurs lesquels) ?

C’est ce genre d’obscurité qui nous attend. Ce sont les plus zélés et les plus pourfendeurs du christianisme (en gros au début du XX°), qui aujourd’hui sont d’une extrême bienveillance quant à l’islam dans notre Occident. La France est à deux doigts d’avoir le visage suivant : les zones islamisées (banlieues, périphéries etc), mais aussi les voiles de plus en plus présent dans l’espace des centre-ville, et de l’autre, les zones commerciales qui voient les caddies se remplir et qui se gorgent de tout ce qui peut s’acheter et se vendre. Nous ne nous méfions pas des islamistes mais eux ne nous perdent pas de vue. (Les frères musulmans sont là pour ça et font très bien le travail qui est le leur). Notre sentiment de supériorité est tel qu’on croit encore que ça passera…

Comme je te l’ai écrit sur la messagerie zimbra, celle-ci remarche. Elle est plus confortable pour moi. A l’avenir je t’écrirai sur elle.

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6 Janvier


A Bernard :


Pour Résurrection évidemment tu as bien fait. Une faute de frappe qui a échappé à ma relecture.

L’année se termine en effet entre des portes ouvertes sur des résurrections et des concassés d’avenir.

Notre-Dame a décidemment plus d’avenir que nous. Mais n’est-ce pas son rôle de se dresser encore le temps de tenir debout cette civilisation qui penche…?


Janvier est commencé. Le carnet aussi. L’image choisie pour illustrer 25 est une sorte de jumelle qui accompagnait l’année 24, création de la même période.

Je t’ai fait parvenir par whatshap un article que m’avait envoyé Cécilia, le matin même, sans savoir que nous envisagions un projet sur Marchand des Raux.

J’avais même oublié qu’au bout de la pointe de Saint Hospice, il y avait effectivement un vitrail et une série de pastels sur le thème du saint protecteur de la presqu’île.

J’ai moi-même dans mon salon un Saint Hospice que je te présenterai.

Mon idée concernant ce portrait de Marchand :

    1) reportage autour de la chapelle au vitrail (avec les tableaux qui s’y trouvent)

    2) une anthologie brève des œuvres (toutes périodes confondues)

    3) un rappel des œuvres existant dans tous les pays, les institutions, universités où se trouvent ses œuvres -universités américaines, Suède etc.-

    4) quelques portraits du peintre et des documents rares.

Il y a souvent Caravage dans ma poésie. C’est un peintre qui était d’une grande violence. Fascinant pour moi. Comment pouvait-il à la fois entrouvrir de tels clair-obscur sur le monde, d’un raffinement extrême, et mener une existence de rixes continuelles l’amenant à fuir de villes en villes, malgré le soutien de puissant protecteurs lassés. Une dernière image de lui, la dernière qui s’offre à notre imagination : fuyant un dernier territoire (Malte), remontant de Naples vers Rome, il oublie ses dernières créations dans une goélette qu’il va se mettre à suivre parallèlement le long de la plage. On le retrouvera épuisé, mort aux portes de Porto Ercolo. La réalité dépasse la légende.

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7 Janvier


A Bernard :


Je voudrais juste revenir sur Sansal, puisque le Président en a enfin parlé hier : Je ne sais quels médias auraient expliqué que Sansal chercherait le martyr (c’est même revenu à tes oreilles). Certainement une échappatoire devant leur lâcheté à avoir à le défendre. (Il est loin le temps de Rushdie) J’en ai même entendu dire « qu’il l’avait bien cherché » ! On a les médias qu’on peut. Probablement que l’écrivain n’est pas le bon soldat à défendre. Parce que d’une part, un algérien critiquant le régime actuel pourrait être pour eux un relent de colonialisme revanchard. D’autre part, critiquer l’islam aujourd’hui demanderait un courage que ces médias-là n’ont pas. Le président lui-même y est allé en mode mineur pour demander la libération de Sansal. Et la raison on la connait. On la cultive depuis cinquante ans, dans nos jardins, dans nos banlieues, dans notre universalisme humaniste. On a façonné un cheval de Troie qui porte le nom d’antiracisme. La répression des émeutes de juin 23, comme la possibilité de libérer Sansal, sont dépendantes de la possible réaction des algériens de ce qu’on nomme maintenant sans complexe « la rue arabe », la poudrière qui, au moindre déplaisir causé à Alger, devient une balle ou le couteau possible dans les rues de France. La réponse est venue sans tarder avec cette histoire « d’influenceurs » sous OQTF qui ne sont que les portevoix des menaces d’Alger depuis que la France s’est rapprochée du Maroc. La France qui veut s’en aller ferrailler du côté de l’Est serait-elle incapable de faire revenir un vieillard (franco-algérien) malade dans les geôles d’Alger ? On mesure la voix de la France, à l’international, à l’aune de cette réponse.
Je me devais de te présenter ce que je pense de cette histoire.
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Y est fier de sa montre connectée. Il peut même écrire et envoyer des messages. Le tout premier message qu’il m’a envoyé, hier : « tu fais quoi » …

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Un autre message que j’envoie cet après-midi, à bon nombre de correspondants, qui vaut mieux que mille réflexions :


« Il est étonnant que Jean-Marie Le Pen vole la vedette à Charlie, le jour anniversaire de ce même Charlie. C’est ça entrer dans l’Histoire ».

Sur toutes les antennes, sur tous les relais médiatiques, l’évènement mûrement préparé du dixième anniversaire de « Je suis Charlie » a été emporté par l’évènement attendu mais comme toujours dans ces circonstances, imprévisible, du décès du fondateur du Front National.

La place de la République à Paris est investie par le champagne (Veuve Clicquot quand même) qui coule à flots. La France révolutionnaire en culotte courte de l’Ouest parisien réinvente les crocs de bouchers à usage de opposants. En même temps que les revendications des agriculteurs sont interdites au cœur de la ville.

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10 Janvier


A Bernard :

Les civilisations sont certes mortelles. On le sait, non pas depuis Valéry, mais déjà depuis Platon qui écrit dans « la République » que le déclin d’un monde se doit faire en douceur (transition dirait-on aujourd’hui).
J’ajouterai que je ne vois aucun contentement à ce constat. (« cultivons notre jardin « est une exquise proposition individuelle voltairienne, mais pas très géo politique…)
Tu voudrais dire que Sansal a opéré un sacrifice volontaire ? N’aie crainte, il n’y a pas de dimension religieuse là-dedans. Simplement un rapport de force imposée par l’Algérie pour des raisons de Sahara. Avec un Président français qui, en guise de préambule à un premier quinquennat, parle de « crime contre l’humanité » durant la guerre d’Algérie (peut-être depuis le début de la colonisation ?!), c’est pain béni pour son homologue depuis huit ans bientôt. Et là, tu ne réponds pas à ma question : que fait aujourd’hui notre pays pour le libérer ? Passer par le front de l’Est d’abord ? Abattre les russes et montrer combien nous sommes fort ? L’abandonner plutôt, mais avec indignations…
L’Algérie ne comprend que la force. La France a peur. Et la peur ça se voit. Elle a peur parce qu’elle a des banlieues truffées d’algériens (oui, avec des papiers français) de la troisième génération à qui on a inculqué (dans l’Education Nationale hélas et par leur différent civilisationnel et religieux) la haine du pays où ils vivent. C’est une réalité que même les idéologues qui haïssent notre pays reconnaissent (les enseignants se censurent pour éviter d’être les futurs Samuel Patty). Comment expliquer que pour ces raisons-là, le président M ne soit allé à la marche contre l’antisémitisme l’an passé, comment ne pas penser à de nouveaux « Juin 23 » à la moindre susceptibilité froissée ? Les leviers existent pourtant (geler les transferts de capitaux, supprimer les laissez-passer consulaires, supprimer l’aide au développement, et évidemment annuler les accords de 68 privilégiant l’immigration algérienne…ouf !)
Non, la menace interne n’est pas une idéologie (laquelle ?), mais une réalité qu’on constate chaque jour. Certains médias se contentent d’entonner comme il se doit le sinistre  » Circulez, l’ordre règne dans le doux pays ».

Je me désole, mais ça ne m’empêche pas de continuer mes promenades en quête de couleurs et de formes. La collection du début 25 n’est pas mal non ? Je t’enverrai, classées, les différentes séries. Mais d’abord il faudra que je vide mes doc du portable.
Je viens d’apprendre que dans les cérémonies d’investiture de Trump, le « guignol » Zemmour est le premier invité officiel pour la France.

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13 Janvier

A Bernard :

Je vois que le plus gros de l’orage grippal est passé… à nos âges c’est un mauvais moment à passer (hallucinations ?!) mais peut-être qu’à deux c’est plus solidaire. Quant à nous, on passe au travers pour le moment. Nous ne sommes pas vaccinés pour autant. Les risques sont encore avérés pendant trois semaines…

Tu auras remarqué que je suis inquiet. Je ne peux le cacher. Même si la théorie du grand remplacement (qui n’est qu’une observation pour des yeux décillés) n’est pas de Zemmour. Et je ne vois pas en quoi
je m’apercevrais de la folie de ce Zemmour. Je pense au contraire, qu’à l’Assemblée européenne Sarah Knafo fait des commentaires plutôt pertinents (je t’ai envoyé une de ses réparties lumineuses sur l’absurdité des commissions européennes). Quant à Le Pen mort, en effet, il rejoint la répugnance collective d’à peu près tout le monde moralement correct. J’avais pourtant trouvé que certaines de ses thématiques correspondaient à des préoccupations actuelles. Vais-je sombrer dans l’infamie ? ?
Cela ne nous dit toujours pas combien de temps encore la France va baisser pantalon devant un pays qui nous nargue. Même Rushdie avait eu un sort moins désespérant. Les trente glorieuses ? On y est encore. Pour combien de temps ?

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14 Janvier

Bernard :

Parlons plutôt de la Poésie, du site pour être plus précis. J’ai profité de la crise de virus pour revoir le menu et j’ai fait une révolution copernicienne, si si, j’ai inversé, dans le menu, le titre de l’année avec le numéro de l’année. Comme ça, la suite de menu est plus cohérente, et côté POESIE les peintures de chaque année ne sont plus gribouillées avec des couleurs et des fontes différentes.

Le vin est bon, mais il a trainé devant l’élément de chauffage le plus violent de l’appartement, et il est presque tiède, ça renforce son fruit, pas mauvais, mais un peu trop chaud quand même.

Maria et Jean-Philippe débarque ce soir, j’espère qu’on ne leur refilera pas le virus, qui devrait avoir disparu, mais sait-on jamais ?

Le Pen est mort, tout à fait inutilement parce que malheureusement sa fille le remplace amplement, dans toute ses dimensions, répugnance incluse, et dire qu’il y a des électeurs qui peuvent voter pour ces bouffons, surprenant, et comme disait Vialatte, c’est ainsi qu’Allah est grand, sagesse indépassable, un modèle.

Je ne comprends pas ton discours sur le comportement de la France vers l’Algérie, (baisser la culote, ramper, lâcheté, …), tu voudrais qu’on déclare la guerre ? Pourquoi pas, ce serait peut-être une solution.

Sur le grand remplacement, oui, j’ai eu un flash la dernière fois, je me suis demandé quelle réalité tu étais en train de décrire, est-ce que tu voyais de ta fenêtre passer des hordes arabes, comme à Poitier en 732.

Pour te décontracter va voir « Bird », dont le sujet est une sorte de sous-groupe multi racial qui s’est bricolé un univers dans l’épaisseur de la société anglaise. Le personnage de Bird est un poème vivant

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A Bernard :


Que répondre ? Rien
Que Vialatte s’occupe de son Afrique. Je pense que finalement Geoffroy de la Gasnerie (cf Carnet…) irait plutôt dans le bon sens soviétique qui consiste à n’autoriser le droit de vote qu’à ceux qui l’auraient mérité. Une manière de filtrage préalable, une élégance de n’avoir pas de mauvaise surprise. Et surtout pas de nausée électorale. Paris ouest vote à gauche c’est connu. Paris ouest descend dans la rue pour casser. Ça commence à se savoir. Donc Paris ouest est dans la répugnance. Paris aurait-elle une maturité politique à aucune autre pareille ?
Concernant l’Algérie, je suis stupéfait qu’on ne voit pas les mêmes voiles (parfois le costume traditionnel descend largement sur les Nike). Mais peut-être que Paris est moins bien loti que nous. Enfin Allah est grand et Mélenchon son dernier prophète. Je suis consterné aussi qu’aucune association féministe n’encourage lesdits voiles et tout le remugle qui va avec. Voilà, on peut continuer ainsi un dialogue improbable qu’il vaudrait mieux éviter tant il semble ne pas pouvoir s’entendre sur quoi que ce fut. Pas même sur le réel….
Parlons poésie plutôt et je m’en vais voir la révolution copernicienne annoncée !
Je ne suis pas sûr que le changement soit positif : Les titres sont uniformisés alors qu’avant ils avaient une personnalité marquée. Le chiffre de l’année peut bien rester uniforme (ce n’est que le temps imperceptible qui passe…) mais le titre de l’année mérite de conserver son caractère unique. C’est mon avis. De plus ces titres faisaient partie intégrante de « l’affiche » annuelle.

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15 Janvier


A Bernard :


On a atteint les 2 degrés, hier matin. Avec un soleil triomphant sur le bord de mer. Pas de vague et même quelques déments pour se baigner.

J’avoue que ta décision d’inverser les données dans « l’affiche » annuelle m’a surpris. J’aimais bien la personnalisation de chacune de ces affiches. « Hors les murs » par exemple : installé dans l’image, l’année en est éclairée. Ce qui différencie une image annuelle d’une autre c’est son intitulé, plus que le chiffre de l’année. Si on doit se souvenir d’un texte, d’un poème, on se réfèrera plutôt à son titre. D’autant que le chiffre inclus dans l’affiche n’apporte que la succession du temps d’année en année sans donner au lecteur plus d’info sur son originalité. D’autant que les titres uniformisés en petit caractère en bas de l’affiche perdent de leur impact.
Pour l’instant on laisse. On réfléchit. On reviendra ultérieurement.

J’ai presque fini le Sansal : 2084. J’ai toujours un peu de mal avec les orientaux. Il écrit avec une très grande maîtrise. Mais cette histoire de ville cadenassée séparée d’une autre « libre » et « dévoyée » des valeurs religieuses, aurait gagnée à être plus simple. Comme le Kamel Daoud, on est dans la ciselure orientale, un peu précieuse à mon goût, de même que les pâtisseries orientales se nomment toujours « les délices de quelque chose … »
Malgré toute la sympathie que j’ai pour Sansal, n’écrit pas 1984 qui veut.

Par contre, je t’ai signalé sur whatshap, un ouvrage qui m’a frappé vers 2004/2005, « Mondes en collisions » de Immanuel Velikovsky. Livre grandiose. Si tu es lecteur de sciences fiction, ici on est dans l’analyse comparative de faits relatés dans la Bible et leur interprétation scientifique. Velikovsky est solide en matière astronomique (il est cité dans les programmes Apollo), et il a l’analyse du psychiatre pour la déduction. D’autre part Freud, puis Einstein ont débattu avec lui. Il a par contre eu des démêlés avec les pharisiens de la science (J’ai pensé au « conseil scientifique » du temps du confinement). Voilà, ce livre est une véritable aventure dans les astres (Les chapitres se nomment simplement Venus et Mars).
Qu’en pense Science et Avenir ? Sur wikipédia comme toujours, on ne se risque à rien.

J’ai le titre de l’année 25, qui sera aussi le titre des 2 premiers mois (s’il y a de la poésie encore en février, on ne saurait prévoir…) :
CAHIER DE PATHLOGIES PITTORESQUES

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16 Janvier


Les napolitains sont bruyants, démonstratifs et très attachés à leurs idoles. Ils ont dans leur constitution cognitive, comme inscrit au plus profond, l’hérédité des drames telluriques. Mais ils ont aussi la fidélité en amitié.  Après plusieurs mois de silence, je reçois un message de Mario, de la Taverne des Spagnolis, avec écrit : « Cio zio Luigi, ecco il mio nuovo numero »…

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17 Janvier


A Alain Jacquot :


Cher Alain,

je te remercie de me transmettre le programme du printemps des Arts. Du premier coup d’œil, on voit la qualité et l’originalité de l’édition 2025. Bruckner/Wagner, Mantovani/Monteverdi (j’ai souvenir d’une œuvre de celui-là inspirée de Gesualdo -aussi provocante et rugueuse que celle de celui-ci), puis j’ai écouté la bande annonce parlant des programmes qui tourneront autour de Boulez (Mantovani, en huit minutes, expose les divers jalons de sa création et l’importance de l’homme inspirateur d’institutions).
Nous avons encore le souvenir de cette semaine où on a entendu successivement
Répons, Sur Incise, une conférence du compositeur au Palais Rainier (nous étions au premier rang) et la création du concerto pour violoncelle de Carter avec vol plané de la partition, et en prime, Alain Damiens qui se jetait du haut du podium criant « Pierre, Pierre » . Plus Cage que Cage…Une édition inoubliable !
Je ne crois pas me déplacer pour cette édition (j’ai de plus en plus de mal à sortir le soir). Mais je continue de penser que Nice pourrait s’inspirer de ce type de programmation.
Je te remercie encore mille fois pour ton attention

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21 Janvier


A Bernard :


Pour les voyages j’ai une optique différente. Je suis d’accord qu’après 15 heures d’avion, se mettre en rang et faire la file pour accéder aux caisses des curiosités, ça a un côté consommation qui prend de plus en plus l’allure d’inconvénient de supermarché. Le monde rapetisse et l’accession aux raretés culturelles se banalise. J’ai omis de dire dans mon récit sur les Indes que j’avais rencontré à Bombay un type du Pub Latin (qu’on ne fréquentait pas d’ailleurs), dans le même hôtel ! On est évidemment tombé dans les bras l’un de l’autre. Le monde était déjà devenu un goulet d’étranglement que les pro du tourisme avaient canalisé pour les chevelus des sixties. Dans mon cas, ça laisse au moins un souvenir insolite.

D’un autre côté je ne me vois plus pénétrer la forêt amazonienne de nuit le couteau entre les dents et la lampe torche entre lianes hostiles et ombres fantomatiques.

Les voyages je ne les considère plus, sauf à visiter les inévitables superlatives curiosités de types que tu cites comme ces monstruosités « à ne pas manquer », que comme un changement dans le rythme et les modulations d’un séjour. Je m’imprègne d’une lumière rare, d’un paysage odorant, d’un coucher de soleil particulier. Bref je m’extirpe de mon être-là (comme dirait Heidegger), pour vivre une tranche de géographie ou un moment unique dans les lieux que je n’aurais plus l’occasion de revoir. Les attraits culturels sont évidemment d’importance, mais figure toi qu’à Venise je ne suis allé qu’à l’Academia di San Rocco (52 Tintoret quand même), et nous avons évité de faire d’autres musées. On s’est cantonné exclusivement à la Venise sous le ciel… La prochaine fois, on en verra quelques autres. Il faudra presque que ça vienne de façon improvisé. Je dis ça, mais pour voir la Cène de Léonard à Milan il faut un délai de trois mois. (On peut voir une copie pour les plus pressés !). Donc je crois que je pourrais m’en passer. Idem pour la Sagrada Familia, on s’est contenté de l’extérieur.

Je comprends par contre que tu commences à fatiguer : tu as probablement vu ce qu’il y avait à voir. Peut-être que la Colombie (où à part le musée de l’or de Bogota, les musées sont secondaires) serait une surprise pour toi : pays jeune, paysages et végétation qu’on ne connait guère en Europe etc.

Je pourrais moi aussi me passer de la plupart des pays du monde. Sauf des régions de France et de l’Italie et de l’Espagne.

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Ce matin c’était ma dernière visite au Docteur Lévy. Vingt-deux années qu’il suit l’évolution de mon hypertension. Il prend congé après bien des années derrière ses volets éclairés que je peux apercevoir chaque fois que je passe boulevard Victor Hugo. Il sera remplacé par deux jeune cardiologues après la fin de l’été.

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J’ai envoyé un message de bons vœux à Katy de Cahors, notre adorable logeuse. Elle a répondu dans les cinq minutes. Adorable à l’image que je garde de cette ville.

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24 Janvier


A Bernard :


100 millions de touristes, c’est la rançon du magnétisme qu’exerce le pays. Avec ses 550 000 km2 on a encore la chance de pouvoir dispatcher tout ce monde entre le Mont St Michel, la Côte d’Azur, les volcans d’Auvergne, les vins du bourguignon et la Tour Eiffel. J’en ai laissé en route. Mais c’est vrai que ça n’aura qu’un temps. Estrosi qui n’est pas un foudre d’originalité habituellement, a décidé d’interdire les gros navires de croisières sur le port de Nice, A l’étranger, des mesures voient le jour comme à Dubrovnik où on limite l’entrée des touristes dans la vieille ville etc. Ce qui m’attriste c’est plutôt la désindustrialisation du pays. Si on continue on fera comme la Grèce, on vivra de la vente de tour Eiffel avec la neige qui tombe quand on la met à l’envers. On remplira les plages de parasols pour millionnaires désœuvrés etc. C’est un choix qu’ont fait nos dirigeants. On mérite mieux. Evidemment nous faisons partie de ceux qui peuvent se permettre, comme on dit, de cultiver notre jardin. Et je voyage aussi…
Je suis content de mes dernières réalisations. Tu les auras bientôt dans la boite

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28 Janvier


A Bernard :


Remarque, ce que nous avouons est platonicien (ce que je suis de moins en moins) et suppose un établissement de lois préexistantes que le temps de l’humanité mettra, avec plus ou moins de célérité, à dévoiler. La « PREEXISTANCE » serait d’ailleurs un beau titre de poésie à venir.
Ce qui prouve une existence mathématique en soi et des lois dans l’univers c’est que notre ciel, nos planètes, et plus loin encore, toutes ces structures cosmiques relèvent d’un ordre que les scientifiques ne font que dévoiler à la faveur des outils qui sont en leur possession. Et ces lois structurantes existent jusqu’aux confins des mondes. Ce qui peut supposer un plan existentiel, une volonté d’harmonie. A voir.
Ce qui me terrifierait, à notre niveau d’humains, serait qu’on établisse les lois (il doit pourtant y en avoir) de la beauté de Mona Lisa. On a encore le bénéfice du doute, on subodore des règles ou on se réfugie sur les proportions du nez en rapport à l’équilibre d’une certaine forme des lèvres, puis des yeux venant éclairer tout ça etc. mais on reste encore sur cette illusion que la beauté se réfugie dans son mystère. Et c’est tant mieux. Et tant mieux aussi qu’on ne s’accorde pas tous à aimer la même Mona Lisa. Les lois concernant la beauté doivent intégrer des processus fluides et même intégrant le regard de celui qui éprouve ce sentiment de beauté. Une sorte de participation entre objet et sujet.
On créera malheureusement des stéréotypes exposés sur catalogue, avec une grande finesse de réalisation dans les prochains projets transhumains. A des fins d’eugénisme ou de mariage par correspondance etc. Hélas. Mais j’ai confiance dans notre aptitude à désirer nous émerveiller.

Comme il existe peu de hasard, je viens de trouver, juste avant nos courriers sur les maths, dans la collection Point, un petit bijou de Eric Lagadec « l’Odyssée cosmique, une histoire intime des étoiles ». Je ne l’ai pas encore commencé mais il nous aidera à creuser.

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Bernard est d’un naturel optimisme, c’est surement son côté scientifique : « les musulmans vont bien se rendre compte que Dieu n’existe pas ». Spinoziste.

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Baudelaire aurait encore dit « pauvre Belgique ». Ce pays qui hurle à l’extrême droite à peine l’on constate que la capitale européenne est une ville qui s’islamise à grande vitesse.

Et conséquemment, incapable même d’assumer le match de foot Belgique-Israël délocalisé en Hongrie… !

Belgique qui passe en différé de deux minutes (!) la cérémonie d’investiture de Donald Trump, afin d’« analyser » préalablement le contenu du discours inaugural (La RTVB de service public épluche ainsi avant diffusion !).

D’analyser et de souligner les dérives immorales d’un scrutin largement voulu par les américains.  Seule la Corée du Nord, ce soir-là, a exhibé un tel sens du cordon sanitaire.

L’antisémitisme est comme le cholestérol. Il y a le mauvais, et il y a le bon. Il y a celui de la bête immonde et celui qui garantit, du Jourdain à la Méditerranée, sans aucun complexe, l’existence absolue de la Palestine.

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29 Janvier


A Bernard :


J’espère que tu seras là en mai-juin, rappelle-toi, c’est en cette saison qu’il y a les mimosas roses à Garibaldi. On ferait de nouvelles photos.
Et puis quel cuite le 26 décembre ! Inoubliable, avec des vins à la hauteur de l’évènement. Il faudrait une plaque commémorative disant « ici, et à cette table, un 26 décembre deux héros de l’ivresse on fait honneur à Bacchus, et n’ont pas fait que semblant », quelque chose comme ça.

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Après passage à Nice, après la Place Garibaldi, les mimosas roses, quitte à tanguer un peu, un passage par la Camargue n’est presque qu’une légère déviation naturelle. Un pas de côté….
C’est vrai que vers Les Saintes Maries, Aigues-Mortes surtout, les chevaux et les flamands rose, les traditions taurines, c’est à deux pas. La Camargue a été une des premières régions que j’ai fait découvrir à Cécilia en 84.
Aujourd’hui déluge.

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DISTANCE TEMPORELLE

Des chiffres insignifiants, pourtant : 56, 57, puis 70 et 100…

56 correspondant à l’âge de mon père lorsqu’il disparut. C’est moins, d’une unité, que le 57 qui représentent le nombre d’années depuis mon départ du Maroc et mon retour il y a quelques années.

Lorsque j’ai fait ce pèlerinage en 2022, mon père aurait eu cent ans. J’en avais  soixante-dix. Les nombres et leur langage ont leur secret chiffré.

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31 Janvier


A Bernard :


Tu feras au mieux, j’en suis sûr. Et puis, il n’y a peut-être plus grand chose de nouveau à voir, mais les mimosas roses on ne s’en lasse pas …
Merci pour le retour des titres dans le corps des affiches. Il ont de l’épaisseur.
Je suis plongé dans la vie tourmentée de Caravage. Les après-midi sont pluvieux. Le matin je prends maintenant mon café sur la place Rossetti, au Kalyce, juste en face de Sainte Réparate. A défaut d’y revoir ceux du Sauveur, (à part quelques rescapés), les serveuses sont vives et souriantes. On attend les beaux jours, comme tu recevras les poésies dès demain.

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3 Février

A Bernard :


Tu te doutes bien que je ne vais pas répondre à des réponses auxquelles tu avais déjà émis avec détails une teneur savoir qu’on vit dans un pays fracturé à tel point qu’il n’y a plus même d’échange possible. L’Assemblée Nationale en est le reflet parfait. Sauf que ceux qui gagnent les élections ne sont pas représentés au gouvernement. Par haute moralité, par nécessité sanitaire… On a changé les têtes mais c’est la même équipe. Bouffonnerie.

Je ne répondrais donc pas sur les différents points que tu évoques, mais toi, tu en énonces pas mal, je cite &quot à part collecter les jérémiades des paumés (ça leur fera toujours plaisir, mais qui sont-ils ces méprisés ?!) ceux qui votaient communistes…ceux qui font une fixette sur le chômage, le lendemain sur la violence dans les villes et les banlieues, ensuite le trou de la sécurité sociale et passant d’un sujet à l’autre sans recul (sic)… Tu as beau ne pas avoir, parait-il les mêmes lunettes que moi, les raisons invoquées – c’est toi qui cite -sont bien réelles, et pas vraiment si légères que ça !

Bigre ! moi, je les trouve plutôt glaçantes. Mai 68 est né de l’ennui dit-on. Je vois qu’aujourd’hui les raisons de la colère ne manquent pas. Et je ne vois pas, en ce qui concerne ce que tu énonces, de quoi prendre avec mépris et hauteur (ou indifférence, ou lubies) ces mêmes raisons. Pour moins que ça on a des gouvernements qui tombent. Et d’ailleurs…. Mais 11 millions d’électeurs (peut-être plus depuis) qui n’ont pas droit de représentation gouvernementale. La morale du pays est sauve.

Quant à Sansal, je me doutais bien que tu oubliais vite mes réponses. La guerre contre l’Algérie c’est ridicule… Il y a cette réponse aux actions possible de la France à l’égard de l’Algérie dans mon courrier du 10 Janvier (sans compter les précédents). Voilà, on peut continuer ainsi, mais sans bien avancer.


Alain Jacquot n’est pas à Nice, mais vit maintenant près d’Annecy (sa deuxième femme est de là). J’ai des échanges téléphoniques et lorsqu’il descend sur Nice on va déjeuner à la Table de Marie (excellente table) il tient d’ailleurs toujours à payer le Champagne. Il est de Chalons sur Marne. Son destin est tragique. Excellent pianiste, prometteur vers 18 ans, il a passé la main dans une scie circulaire électrique et a perdu la main droite. Le pire pour un pianiste. On a travaillé ensemble depuis 1980. On a quelques complicités musicales et quelques expériences de concerts mémorables. C’est vrai que j’oublie toujours que c’est lui qui fit le montage des "clameurs"…


Je confonds les maths et la physique. Je pense que ça fait un beau complément. Les nombres imaginaires ? moi c’est plutôt les mots parfois… et même les phrases entières….

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4 Février


A Bernard :


dialogues de Cormac Mc Carthy, même si je suis ignare en la matière, sont plutôt incroyables. Lorsque j’aurai terminé "la course à l’abîme&quot de Fernandez, j’irai voir cette "Odyssée cosmique&quot de Lagadec. Ça me changera de la bio assez fascinante de Caravage. Une vie de violence, de stupre et une étonnante intimité avec soi-même qui tient du miracle formel (même à une époque où le 16/17ème siècles ne manquaient pas de génies.). Pour mourir sur une plage sur les côtes aux abords de Rome. Assassiné probablement. Mais on n’aura jamais la preuve. Je suis étonné qu’on n’ait pas encore fait de film sur cette existence singulière et très en contraste, comme sa peinture. Enfin je connais déjà la fin. Mais je n’en suis pas à sa première bio, celle-ci étant quand même un pavé de 800 pages. J’apprends pas mal de choses sur ses protecteurs de la famille Sforza Colonna, sur les relations entre cardinaux et aristocrates locaux etc. Le défaut de Fernandez, c’est cette manière d’appuyer avec délectation à chaque fois qu’il peut sur les descriptions de jeunes gens évidemment très beaux, très sensuels, très comme il les aimerait dans son lit. C’est presque militant. Mais il est très scrupuleux à suivre toutes les étapes de cette existence qui n’excède pas 38 années… J’avais vu à Naples un des plus beaux tableaux qu’il ait jamais peints : "les sept œuvres de miséricordes&quot qui est exposé dans un musée presque insignifiant au bord de Spaccanapoli, la rue grouillante qui sépare la ville en deux. On croirait que le tableau a été fait à ce même endroit de misère et de fascination féroce pour la vie.

Ma copine Geneviève m’a apporté un livre très complet et quasiment neuf sur Ludovic Brea. Une étude approuvée par le cercle Bréa. Du coup, je me promène dans les églises du Vieux que je ne connais finalement pas. Hier je suis resté un bon moment à celle de Saint Martin et saint Augustin, après la fameuse treille et juste à côté du collège Ségurane. Il y a une Déposition de croix éblouissante. Je t’envoie quelques clichés.

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5 Février


Deleuze a une répulsion pour les racines de l’arbre, pour tout ce qui porte racine.  D’où le saut dans l’inconnu, le rhizome horizontal et la connexion aléatoire vers l’altérité.


Tout ce qui n’a pas de passé débouche sur un terrain vague.

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6 Février


A Bernard :


Brigitte Fontaine est certainement la sœur de Bernard Fontaine qui avait un physique à la Jules César jusqu’au bleu délavé de ses yeux, avant de prendre les coups mortels que l’on sait. J’aimais bien ces vendredis où il venait faire le coq au milieu de ses courtisanes des deux sexes dans le fond du Porter. Quand il était fin soul, je lui parlais à part de bien d’autres choses entre une heure et deux heures du matin. Il était très gentil et savait parler aussi à ceux qui n’était pas dans le cercle en peloton étanche de ses élèves de théâtre. C’était l’époque où il avait décroché quelques petits rôles, dont un, dans un film avec Belmondo. La scène se passe dans un bateau ou dans un bar du port de Nice, et le Bernard en question, à la grande surprise de la petite cour, ne fait qu’une apparition de trois secondes sans même faire entendre sa voix de théâtre magnifiquement timbré à la J.L. Barrault. Sa sœur, si c’est elle, me donne de l’urticaire quand je la vois apparaître. Poétesse des beaux quartiers, tant dans sa tenue, sa voix et ce qu’elle a à dire.

A propos de bouddhisme et du sort eschatologique des humains, j’espère que tu n’as pas manqué ce film passé hier sur une chaîne très culturelle qui traitait du catholicisme intégriste, façon danger pour la société progressiste. Je n’avais pas remarqué qu’un tel danger pouvait se lover si bassement dans des éducations à faire froid dans le dos. Evidemment la critique critiquant a donné trois étoiles à ce moment de conscience aigüe de la société contemporaine. Pourquoi pas quatre, c’est manquer de courage. Film, qu’évidemment, comme tu t’en doutes, je me suis précipité à ne pas voir. Quant à la notion de paradis, genre nirvana, je me souviens de bien des délires des années 60/70 où c’était chaud et même bousculade autour des mandalas de la libération.

Voilà, j’ai entamé timidement, alors qu’il y aurait tant à écrire, sur les pathologies pittoresques de cette année nouvelle.

Les jours sont étonnamment au beau depuis dimanche, et Caravage est empêtré dans ses démêles avec les pouvoirs aristocratiques en tous genres, sans compter la bassesse de ses pairs jaloux du génie, Henri IV venant se marier avec Marie de Médicis pour favoriser le pouvoir catholique romain contre le parti politique espagnol défendant le protestantisme (les deux pays se disputant les faveurs vaticanes pour la primauté européenne). Aujourd’hui, et avec l’aide du même Vatican, la France a plutôt misé confortablement et sans état d’âme sur l’avenir du parti communiste islamique.

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Yves Le Bras, chercheur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, démographe médiatique, expose son livre sur les présentoirs de la librairie Sorbonne à Nice. Le titre d’abord : « la race blanche n’existe pas », puis immédiatement en quatrième de couverture, confirmation : la race blanche n’existe pas, c’est un concept victimaire d’extrême-droite. Il faut donc laisser, leur en déplaise, l’Occident aux non-blancs ».

Ce Le Bras enseigne : Dans une Ecole Pratique ? De Hautes Etudes ? En Sciences Sociales ?

A-t-il encore des élèves ? Est-il joignable ? N’est-il pas un simple fantôme, un déconstruit complet qui hante les couloirs et les plateaux télévisés ? Une première erreur de l’IA ?

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7 Février


A Bernard :


Deux constatations rapides : Le RN n’a pas d’alliés. Ce sont 11 millions autour de mêmes projets, sans aile droite, gauche ou autres. La Gauche est un assemblage de plus en plus aléatoire de 5 partis sous la casquette d’un lider maximo (O. Faure est inexistant et doit son siège à son leader… les écolos c’est qui ? Tondelier, Jadot ?) .

Alliance, exclusivement, de circonstances électorales.

Le centre a été battu aux européennes, rebattu aux législatives et continue de gouverner. On a changé les têtes (ils vont décidemment tous y passer), mais cette extrême minorité (Macron et LR) demeure responsable de l’immobilisme de fait qui en résulte. Faute de majorité introuvable. C’est la République des barons de l’ancien monde.

Ça me fait penser, à l’Atlantide de Platon qui, dans sa description possible de sa cité idéale, imaginait deux îles reliées par un tissu calcaire centrale faisant tampon. Le tissu calcaire s’effondrant, les deux îles se voyaient définitivement injoignables, voire irréconciliables. L’Atlantide, par métaphore a pu représenter une image idéelle de cet extrême centre macroniste. Toute proportions gardées…

Tu disais, dans un courrier récent que tu fulminais contre ces votants qui exigeaient d’un président des miracles de père Noël. On n’en est plus là. Le déficit est immense sur tous les dossiers. Ceux que tu énumérais dans ton dernier mail (la sécurité, le pouvoir d’achat, le chômage, l’immigration et quelques autres) sont tous en constat d’échec. Mai 68 aurait rêvé d’une telle situation, et pour une bonne raison cette fois ! L’exemple le plus flagrant d’impuissance, l’Algérie actuelle. Pas un mot du Président M, pas une ligne de conduite visible concernant tout de même un ressortissant franco algérien dont l’Algérie a fait un évènement international. Et parce que devenu international, M se devait de répondre. En actionnant les leviers à notre disposition : geler les capitaux à destination de l’Algérie, suppression des visas pour toute demande du sud vers la France, interdiction du sol français à toute demande de (faux) étudiants, taxes sur tous les produits et surtout suppression des accords de 68 (accordant soit dit en passant des avantages énormes et discriminant par rapport à d’autres migrants d’autres provenances ). Nous avons, aux yeux du monde, un président qui n’a plus même la volonté d’assurer la sécurité la plus élémentaire : les attaques au couteau sont quotidiennes, la justice relâche immédiatement les délinquants, les peines planchers ne sont jamais effectuées, les juges ont d’ailleurs relâché l’influenceur OQTF, et même cassé son statut d’OQTF : la honte et l’impasse diplomatique.

M a accéléré la république des juges. Mitterrand disait "les juges ont eu la peau de la monarchie, ils auront la peau de la république". L’Europe est régie par des juges qui font l’état de droit. Voilà pour les griefs qui viennent à l’esprit. Il est loin le temps de la V° République qui mettait d’abord la France, puis l’Etat, et après (si l’intérêt de celle-ci le permettait), le droit… Aujourd’hui on a mis les choses à l’envers. Quand bien même on voudrait faire respecter la souveraineté nationale, les traités européens et la CEDH nous seraient supérieurs en droit. Seul un référendum placerait la volonté nationale au-dessus des lois européenne. Mais depuis le "non&quot à Maastricht on ne se risque plus à donner la parole aux peuples. Les présidents des divers pays européens ne sont plus que des shérifs de comté qui ne sont maîtres que de régler des affaires secondaires. L’impératrice von der Leyen veille effectivement à la gouvernance des ploutocrates financiers. L’ambition de M est simplement de devenir calif à la place du calif. C’est sa seule constance sur le long terme que je lui reconnaisse.

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8 Février


A Bernard :


Jimmy a raison. Le syndicat de la magistrature est bien plus nocif encore que Cohn-Bendit. Des 4 pouvoirs, c’est celui, aujourd’hui, qui a la main. Avec le Conseil Constitutionnel (Fabius président) et le Conseil d’Etat qui détricotent tout ce qui peut être proposé à l’Assemblée et au Sénat selon le vent (ce sont des amortisseurs, sinon plus encore…). Ce qui fait que les plus maigres propositions de loi se trouvent amendées et reconduites à l’état de nudité (cf la loi sur l’immigration de 2024). Si ce n’est le renvoi par la CEDH ou les traités européens annulant ce qui ressemblerait à un semblant d’autorité ou de souveraineté nationale. Donc, vois-tu, le pouvoir est bien encrassé. De plus, Jimmy t’en parlera, ce syndicat a osé "le mur des cons"… Avec ces juges d’extrême gauche, il y a un fossé entre le jugement et l’application des peines (d’où des OQTF en liberté ou des récidivistes à la pelle). On est loin de ce bon vieux Churchill et de sa maxime qui, bien sûr, a fait long feu.

Quant à ce que tu m’as fait parvenir du ministère de l’Intérieur, c’est la liste des représentants constituant l’Assemblée Nationale. Tu remarqueras que le RN n’est allié à personne. Et que ces députés représentent en effet 11 millions d’électeurs. Demain, bien plus.

Quant à la manière dont les français votent, c’est vrai qu’ils sont assez versatiles et que les médias ne se privent pas de leur dire comment déposer le bon bulletin de vote. Rappelle-toi Céline déjà : &quot les journalistes, on ne peut leur en vouloir, ils ont faim… pour un plat chaud, il vous envoie un homme en prison… pour un peu plus encore, il l’envoie à l’échafaud". Je m’excuse pour le style, c’est de mémoire…

Jaquemart-André, j’ai souvenir qu’on avait eu des contacts avec eux pour une expo (1978 !) sur les vénitiens quand je travaillais à Chagall du temps de Pierre Provoyeur (aujourd’hui Inspecteur Général des Musées de France). Je l’ai vu sur internet, il se berce maintenant dans un Paris mondain…

Pour la "course à l’abîme&quot tu peux y aller, on ne s’ennuie pas.

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11 Février


A Bernard :


Juste un mot concernant le poème qui cite Einstein. Il est dit, d’après la relativité que, à la vitesse de la lumière, si le cops pouvait être transporté dans l’espace, son temps serait courbe, et "relativement&quot au temps passé sur terre on en reviendrait moins "chargé&quot de temps. D’où mon visage de jeunesse ne prenant pas une ride.

Le nasard est effectivement quelque chose que j’ai utilisé pour la sonorité du mot. La définition n’est pas très compliquée. Retiens simplement que c’est une figure de résonance qui se superpose au-dessus d’une autre dans la musique d’orgue.

On est déjà le 11 c’est vrai. J’ai bien peur qu’il n’y ait que très peu d’écrits, très peu de poésie ce mois-ci. A bien y penser, j’ai déjà donné beaucoup ces quinze derniers années (celles de la régularité). Il y a peut-être un tarissement qui se profile. Mais je sais qu’il y aura des éclairs, des feux avant l’extinction…

Si on regarde bien, sans comparaison impossible et improbable, il n’y a que Aragon et Hugo (lui, plus encore) qui auraient écrit autant.

Maintenant que restera-t-il de moi ?

Je me promène souvent le matin sur la Prom. C’est la saison où le soleil sort au-dessus du phare de Villefranche. Les lendemains de pluie, avec les lourdes trainées nuageuses, on peut avoir des ciels magiques.

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Je viens d’achever la « Course à l’abîme » de Dominique Fernandez. Une bio romancée sur Caravage. Celles-ci ne sont pas légion. Et cette dernière a le mérite de dilater le temps, de prendre soin de bien cadrer la vie du peindre dans ses milieux lombard, romain et napolitain. Jusqu’à Malte, et jusqu’à la plage tragique de Porto Ercole, en plein soleil. Avec l’assassinat probable et le vol de de l’un de ses derniers tableaux, « David avec la tête de Goliath ».

On y retrouve avec précision les tenants du camp espagnol et du camp français dans leur course à l’influence auprès du pouvoir papal. Henri IV converti au catholicisme, épousant Marie de Médicis à Florence, pour lesquels on joue pour la première fois un « opéra » (Orphée et Eurydice de Jacopo Peri), devenant ainsi favori dans cette course. Parmi les figures historiques accolées au nom du peintre, j’ignorais qu’Orazio Gentileschi avait fait partie des amis sincères du Caravage du temps de leur rencontre à Rome. Peut-être son seul véritable ami. Le Mario du roman, ami de cœur et amant, a-t-il réellement existé ou constitue-t-il une synthèse de ceux qui ont été parmi ses conquêtes masculines ?

On apprend aussi, étonnamment, que les « Sept œuvres de charité » prescrites par Saint Matthieu, tableau conçu pour Naples, sont en réalité six. A ces six œuvres, s’ajoute « l’enterrement des morts », à la demande du commanditaire napolitain. Ce qui donne une idée de l’importance de la mort qui, à Naples, ne manque pas de s’inscrire au fond de chaque habitant au pied du Vésuve.

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Je découvre presque en cachette les églises baroques du Vieux-Nice. Elles sont souvent fermées, on s’y trouve souvent seul. Il y quelques jours, Je redécouvrais la beauté structurelle de la magnifique Saint Martin/Saint Roch, au-dessus d’une ruelle tourmentée, attenante au Collège Ségurane. La Piéta de Ludovic Bréa est une des plus belles, des plus dépouillées. Malheureusement exposée sur un des murs d’une chapelle latérale dont l’angle ne permet pas d’en avoir une vision frontale.

Ce matin c’était Sainte Rita. Insignifiante à l’extérieur, presque dans un état de désolation, et si lumineuse à l’intérieur.

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14 Février


A Bernard :


Non, ce n’est pas tant d’être reconnu qui me préoccupe, mais si j’avais un lectorat, j’aurais peut-être une idée de la valeur de ces années de poésie. Je sais que je me reconnais moi-même dans tout ça, mais est-ce suffisant ?

Je continuerai. Peut-être à un autre rythme. J’ai l’impression que j’ai déjà beaucoup écrit. Sur l’écorce des arbres, sur les sables …


Le big bang, j’ai toujours pensé (écrit) que les scientifiques, en tant qu’en première ligne sur les sujets concernant les causes premières, nous prenaient pour des crédules incapables de comprendre qu’une explosion initiale se faisait par la rencontre d’éléments provoquant explosion. Donc, j’ai écrit quelque part que le big bang, s’il a eu lieu, n’est pas un commencement, mais une fin de processus. Les éléments premiers, s’ils sont premiers sont donc antérieurs à l’explosion qui rendit l’expansion universelle. Quid de ces éléments premiers, que faisaient-ils dans les parages etc. Ces scientifiques n’ont pas plus de profondeurs que les philosophes antiques qui n’avaient pourtant pas les outils d’aujourd’hui.

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15 février 25


C’est avec Yeitson qu’on s’en va déguster les huitres au Café de Turin. Il était triste hier soir de me voir différer sur ce projet d’aller à Nice. Il a fait honneur au plateau de douze unités, puis a un peu calé pour les six suivantes. Il était radieux devant ses coquilles posées les unes sur les autres comme une petite pyramide. On en a goûté nature, puis au citron et même au vinaigre échalote. Il en aura finalement mangé sept…

C’est sous un soleil de treize heures qu’on a pris la crêpe échalote au Kalyce, face à Sainte Réparate où il a gardé un silence admiratif sous la coupole et devant les tuyaux d’orgue. Puis on a remonté l’avenue Médecin, le Carnaval et ses déhanchements, son bruit et ses éclats de lumière. On a également fait une visite chez Séphora où Yeitson aime bien aller depuis la dernière fois. On y a fait la connaissance d’une vendeuse dont je me doutais bien à l’accent qu’elle venait de Colombie. On est revenu avec des échantillons plein la voiture.

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16 Février


Raphaël Glucksmann dit qu’il serait plus à l’aise à Manhattan que dans le Cantal. Je comprends très bien qu’on n’a pas envie de voir s’établir de tels personnes dans le Cantal.

Qu’y ferait-il ? Que saurait-il faire dans ce département de champs, de foins et de parfait équilibre écologique, de montagnes, de géants et de volcans.

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17 Février


A Bernard :


Comme tu vois, j’arrive à peine à répondre à tes courriers. Nous sommes en période de vacances scolaires, et tout le monde s’implique à s’occuper des deux enfants. J’ai donc mangé les huitres avec Yeitson au café de Turin. Et puis il n’y a pas de vacances sans revoir un peu ce qu’il y a dans le cartable, histoire de ne pas trop perdre sa souplesse.

J’ai quand même un peu de tranquillité l’après-midi. J’avale les lectures avec célérité. Je crois que l’intensité et la répétition fréquente favorise la rapidité à lire. Dans notre cas on devrait avoir une faculté d’absorption virtuose. Ça n’a pas toujours été mon cas. Je vais bientôt achever le Jean Sévillia et commencer un Pierre-André Taguieff sur les problèmes du Moyen-Orient.

Concernant les différents malerei à venir, laissons un peu décanter. J’ai fait de nouvelles images à partir de photos que je t’ai envoyé comme prototypes. Depuis, j’ai amélioré leur sort. Donc on attend un peu. Et puis je les mettrais dans l’ordi une fois le choix établi et enfin dans la box. Tu n’auras plus qu’à ranger dans le site.

Cinq lecteurs en moyenne hebdomadaire, je ne savais pas ! Mais comment y entrent-ils sans avoir eu le lien ? Car je suppose qu’il s’agit d’inconnus. En ce qui concerne mes connaissances, elles ont dû y aller une fois par politesse. Sinon jamais. Les gens ont peur d’avoir à donner un avis sur la poésie, domaine hautement irrationnel. Ils préfèrent ne pas aller lire des choses qui, soit les laisseront dans l’incompréhension, soit ils s’y sentiront carrément étranger, soit ils y seront frontalement hostiles. Donc évitement généralisé. Je suppose que j’aurais eu des lecteurs plus curieux si j’avais écrit des romans, des livres d’histoire ou des essais lisibles et accessibles. Bref, les gens de l’entourage sont souvent les plus réticents. Pour ne pas avoir à se justifier et pour éviter à donner un avis mal assuré. Alain Jacquot fait partie de ceux-là. Sa sensibilité est assez éloignée de la poésie (littéraire). Il a eu beau aveuglément monter le catalogue des clameurs, il m’a avoué un jour n’être jamais allé au-delà de Victor Hugo. Esprit hautement rationnel, Breton et Aragon, lui sont étrangers. Il n’est donc allé voir le site qu’une fois et depuis a fui le sujet. Je ne lui ai même jamais demandé son sentiment. C’est un parfait exemple de lectorat parmi les personnes que je peux côtoyer.

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19 Février


A Bernard :


Malerei devait forcément devenir une rubrique importante. C’est toute la partie plastique et chromatique, complémentaire à celle des mots.

Tu ne me sabres pas du tout le moral en parlant de la solitude et de l’isolement de ma position. C’est le lot des poètes. Souvent. Presque toujours. La légende veut qu’ils se fréquentent entre eux, qu’ils boivent de l’absinthe dans les bars, qu’ils s’en vont sur les routes etc C’est vrai et c’est caricatural. Les destinées sont parfois moins pittoresques. Par contre, je n’envie pas même ceux de la collection "poésie Gallimard&quot dont je me demande ce que certains font à cet endroit. Encore une fois, il est si difficile d’établir une hiérarchie dans le domaine (il suffit souvent d’avoir les bons copains dans le bon réseau). Je me suis finalement contenté de partager ce qui a bien voulu sortir de ma sensibilité avec toi. C’est peut-être aussi bien que de partager un beau secret. Et puis le site existe, il est beau, vif et il y aura encore quelques belles pages et quelques surprises dans le temps qui reste.

C’est vrai aussi (j’écoutais parallèlement sur France M) que même les confections de musiques physiques passaient par une sorte de passe. On demande aux instrumentistes aux artistes n’ayant pas encore "fait leurs preuves&quot de donner les quantités de follower (s’il s’agit d’une chansonnette, c’est plus facile que pour un quatuor à cordes), ou de passer , comme de plus en plus dans l’édition de livres, par une participation à l’élaboration technique du produit (techniciens, preneurs de sons, location de salle d’enregistrement, publicité etc Les techniciens étant considérés comme de très pointus professionnels, ce qu’on ne demande pas forcément à un imprimeur). Leur participation est donc autrement plus pénalisante que pour les écrivains. Ils s’en sortent souvent en participant à des concerts rémunérés et en se greffant en "ripiénistes&quot dans des ensembles déjà structurés ou établis.

Voilà, la situation n’est pas désespérée mais presque.

Février sera maigre, je l’avais senti dès le début d’année. Mais je sais que tu ne considères pas mon travail sur ce seul constat

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24 Février


A Bernard :


Nous c’était fin Juillet 83, donc bientôt 42 ans. On s’est connu tout bêtement un soir sur la terrasse du pub Carlone, face à la fac. Le lendemain je l’invitais à aller à la piscine (j’étais très nageur en ce temps-là). C’était son anniversaire. Elle devait repartir définitivement vers le 15 septembre, date de la fin de ses études à Masséna. J’ai tellement harcelé la famille au téléphone durant tous les mois d’octobre et novembre, qu’elle est revenue le 23 décembre avec valises au complet et aller simple Bogota/Nice. On s’est marié un 22 décembre de l’années suivante.


Tu connais l’épisode de Le Clézio. C’est quelque part dans le site (ou dans Nice de jour et de nuit). C’est Keke qui me l’a présenté dans le quartier Jeanne d’Arc. Ils étaient voisins d’immeuble. Des écrivains niçois, du moins ayant vécu à Nice, il y en beaucoup. C’est un lieu inspirant. Mais ils ne font qu’exceptionnellement partie de ceux que je lis.


Le mois s’achève quelque part dans la semaine qui vient. On a un carnaval pluvieux, comme de tradition. Le mois poétique ne sera finalement pas tout à fait stérile. Il y a quelques éclairs encore. Du moins je l’espère. Les vacances scolaires s’achèvent, mais les enfants repartent mercredi pour un aller /retour très court vers Futuroscope.

J’ai vu qu’il y avait une expo Dolce Gabbana (je sais ce n’est pas notre quotidien) à Paris. Les quelques images de costumes, de verreries et autres pièces de collection m’ont fait penser au Musée de la Scala de Milan.

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25 Février


L’ARCOM, société d’observation de la parole publique contrôlant le réseau national hertzien, et partant, l’attribution et l’éventuel renouvellement des chaînes télévisuelles, se dit, dans le plus bel oxymore qui soit, « administration indépendante ». L’intitulé, est déjà suspect s’il ne faisait rire. Ou tristement pleurer.

Comment une administration de ce pays, ne serait-elle pas au service d’une instance supérieure à laquelle elle doit son existence ?  L’arcom n’est hélas rien d’autre que le simple faux nez de monsieur M.

Le Canal C 8 cessera donc d’émettre à la fin du mois. Ne répondant pas aux critères de ladite instance administrative. Foulant aux pieds les plus élémentaires libertés d’expressions publiques.

Comme en pays soviétiques, le verrouillage par des lois et des mesures d’encadrements juridiques préparent en amont l’irréversibilité des décisions de cette organisme d’état qui cachent les finalités troubles de ses fonctions.

Jeudi 28 au soir, un écran restera noir.

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26 Février


A Bernard :


Poète ambulant …. D’autant plus qu’à cette époque le poète occasionnel naviguait dans les cercles étroits de la nuit où beaucoup se connaissaient. C’était la première approche d’un public. Seuls, ceux des salons bourgeois avaient accès à des gens d’édition. Les poètes de rue plus rarement, ou à titres d’auteur pittoresque. Souvent le poète et le chansonnier se confondaient. J’ai connu au Tube dans les années 70, un diseur qui braillait ses poèmes dans la fumée, vaguement accompagné par un piano. Il avait sa petite réputation. Longtemps la poésie a été chanté, vieil héritage orphique. Aujourd’hui, pour prendre une image cosmique, on dira que la poésie n’a plus de centre, plus de contours où la limiter. Elle est inscrite même au cœur des autres arts. Ce qui fait que les textes lus deviennent ingrats à certains. La diffusion du livre papier étant arrivée à saturation, le domaine poétique a du mal à tenir un projet rationnel pour l’éditeur. D’où la participation quasi institué pour les nouveaux venus. Ce qui ne nous rassurera pas pour autant, c’est que les musiciens, parfois les plus accomplis passent également par un justificatif , rationnalisant par-là les sommes investies. Tout évolue dans des méandres économiques… Le temps d’Apollinaire était encore à échelle humaine. Rimbaud a écrit si peu, il a même fui le milieu littéraire et pourtant… Aujourd’hui il serait aussi dans ces fameuses bouteilles qui vont à la mer. Qui juge la poésie ?


Je viens de finir l’Odyssée cosmique de Eric Lagadec qui a travaillé à l’observatoire du Mont Boron. On y apprend que l’univers est encore bien plus vaste qu’on ne croit. Ce qui manque de poésie, c’est que pour obtenir des images de télescope, ce ne sont pas des images "réelles&quot qui sont proposées directement, mais au travers d’ordinateur qui calcule une transcription fidèle, dit-on, des tréfonds de l’univers. On y obtient les images de ces astres flottant épars à plus de 3 milliards d’années lumières.

J’alterne mes lectures entre fiction, essais historiques et là j’ai tenté ce voyage dans les astres. Quand on entre dans l’hydrogène, les atomes d’hélium, les quantités de protons et de photons, je ne rêve plus, je m’endors…

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28 Février


A Bernard :


On a bien déliré hier sur les distances cosmiques, mais on n’est pas loin du vrai.

Je reprends les chiffres depuis le livre de Eric Lagadec :

13,8 milliards d’années, le début de notre histoire cosmique

4,5 milliards d’années, formation de la Terre.

Plus loin, page 167 : " l’humanité est perdue dans un univers large d’au-moins 93 milliards d’années lumières et contenant des milliards de milliards de galaxies, contenant chacune des milliards d’étoiles". Serait-ce seulement la largeur … ?!

L’éternité est une sorte de Sisyphe pas rigolo qui consiste à compter chaque grain de sable de la planète et à recommencer des milliards de fois…

Lagadec admet toutefois que l’univers n’est pas infini. Ce qui est plutôt encourageant.

Comprends-tu maintenant l’expression chers à ces courageux gaulois qui craignaient plus que toute chose, que le ciel ne leur tombe sur la tête.

Qu’y a-t-il de tangible, de factuel dans ces observations ? Les télescopes ne se heurtent-ils pas, passé une certaine distance, à des déformations de l’espace-temps dans le domaine du visible, à un enregistrement linéaire des données inscrites dans un programme mathématique ? Ni aurait-il pas de trous (invisibles) dans le tissu cosmique ?

Tout ceci me fait penser à l’histoire taoïste qui consiste à regarder le doigt du sage lorsque le sage vous indique la lune. Mais en inversé.


Carnaval cet après-midi. Pour une fois la journée sera totalement ensoleillée. Tant mieux pour les pauvres vieux touristes qui font de la peine sous la grisaille de Masséna. Je vais continuer mon histoire de nuages, pas très loin d’ici, ce qui est bien pratique.


Omission/contradiction :

13,8 milliards d’années nous mène au big bang


Quid de ces 93 milliards d’années-lumière minimum de dimension universelle ?


Il y a un loup quelque part…


En tous cas, regarde bien les étoiles en Normandie. On les voit mieux que dans nos villes.

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2 Mars


A Bernard :


Allons-nous dans le trou noir ? Après trois bouteilles, la réponse est oui. La vache a été mangé et je sais qui l’a mangé. Une vache normande, c’est ce qu’on voyait sur les paquets de beurre quand j’étais petit. Il y avait le nom de d’Isigny. Peut-être que c’est une cousine de celle qui venait dans ton pré. Tu as de la chance d’avoir une maison normande. Tu l’as acheté l’année où j’ai commencé le carnet et quand Jacques est mort.

J’ai commencé l’Archipel du Goulag. Figure-toi que je ne l’avais jamais lu. C’est parfois amusant si ce n’était atroce. Parmi les motifs d’enfermement j’en ai relevé un d’assez cocasse, presque surréaliste, que Breton et Eluard, à quatre mains auraient pu commettre : "parti en déportation pour avoir enguirlandé un arbre de Noël, ce qui était une intention manifeste de mettre le feu à une école". Je crois qu’on aurait tous aimé écrire une phrase pareille. L’écriture de Soljenitsyne est fluide. Les catastrophes s’enchainent plus vite que les pages qui défilent.

Les enfants nous envoient des images de Futuroscope. Les sciences évoluent vite, il faut faire face aux générations qui arrivent, et remballer les vieilles découvertes.

Nice est la seule ville qui remballe aussi Carnaval avant mardi gras. Lequel arrive le 4. Et les festivités sont officiellement finies depuis hier.

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Andromède devrait percuter notre galaxie dans cinq milliards d’années. Cela se fera sans dommage parait-il.

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4 Mars


A Bernard :


… En tous cas merci pour ces paroles qui ne peuvent que m’encourager. C’est vrai que maintenant j’ai du mal à me satisfaire de mes écrits. Ils ne jaillissent plus comme il y a 20 ans. Je déchire sans hésiter. Je crois que j’ai un peu peur des redites ou des images qui deviendraient convenues. Ce qui a été écrit n’est plus à dire. Ou autrement. Si ce que je mets encore sur le site a quelque valeur tant mieux. Mais ça ne coule plus avec le même débit. Même le soleil débite ces milliards de TNT tous les jours. Et ce n’est pas inépuisable. Pardon pour l’audace de la comparaison.

Tu pars donc en Irlande le 12. Jusqu’à quand ? On va vers les beaux jours. On sera aussi absents du 9 au 17 Avril. Pour ces fameuses Pouilles, plusieurs fois programmées et remises.

Soljenitsyne prend son temps. Le temps de la captivité. J’avoue que la traduction (coll Point) privilégie surtout le contenu et laisse une méchante impression quant au style. Peut-être est-ce le fait de 4 traducteurs ?!

Je ne crois pas beaucoup à toutes ces gesticulations européistes sur la nécessité d’intervenir sur le front (ou entre les lignes si j’ai bien compris). Tout ça est remué abondement par les médias afin de vendre une fois de plus l’idée d’Europe fédérale lorsqu’une peur se présente à l’horizon (Covid par ex.). Quant à l’insanité de fédérer la bombe, carte majeure de l’indépendance, (c’est à cette fin qu’elle avait été conçue), je trouve qu’elle ne pouvait venir que de quelques cerveaux ayant décidemment perdu le sens de l’essentiel. Les frontières sont bonnes à défendre quand elles se trouvent menacées en Ukraine, mais restent ouvertes aux quatre vents (algériens) lorsqu’il s’agit de la France et de l’espace Schengen. Non Poutine n’a pas l’intention de camper sous la tour Eiffel. Il faudra que Zelenski admette qu’on a déjà 3000 milliards de dette publique. Que sa sébile est déjà pleine. Croit-on vraiment que l’Ukraine pourrait gagner contre une nation nucléaire ? Elle ne peut aujourd’hui s’en tirer qu’avec des concessions indéniables. A suivre.

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6 Mars


A Bernard :


Je ne sais si Trump remue la poussière, mais en tous cas il semble donner le tempo. Et comme tu dis souvent, le reste n’est que … Du moins on a vu depuis quelques jours que l’Europe, égale à elle-même, se réunit et prépare une réunion pour ce jour. Avant de conclure qu’il faut une union européenne plus conséquente. Comme disait je ne sais qui, le numéro de l’Europe c’est lequel ? Pour le reste à venir j’ai déjà donné quelques pistes dans mon dernier courrier : La proposition d’une Europe commune de la Défense (Dieu merci l’idée de distribuer -mutualiser- la bombe) est impossible). C’est ce qui reste de la souveraineté de notre pays. C’est ce que j’ai retenu de neuf de l’allocution d’hier soir.

Donc on voudrait aujourd’hui une Europe commune von der leyenisée alors qu’elle achète des avions aux américains depuis toujours. Une Allemagne qui a tout fait pour que notre parc nucléaire d’électricité capote à des fins idéologiques d’écologie (Les allemands sont très verts). Ce qui fait qu’on se gèle depuis la fermeture de certains réacteurs…


– Je comprends maintenant le silence de Paris face à Alger. Les algériens faisant partie des Brics se permettent de nous provoquer avec le soutien indirect des russes (on se croirait revenu aux "évènements" algériens des années 50) sans qu’on bouge le petit doigt. Ces mêmes russes ont tout fait depuis des années pour qu’on parte de l’Afrique (pour s’y mettre). Et on entend dire qu’ on se prépare à augmenter notre potentiel militaire afin de sortir de la dépendance américaine.

Avec de l’argent que nous n’avons plus (on va refaire surement le coup du quoi qu’il en coûte ) et pour un résultat qui prendrait des années d’investissement.


Dans cette situation géopolitique je vois mal comment l’Europe (le voudrait-elle) pourrait parler d’une seule voix. Nos intérêts sont divergeant (des accords à 27 c’est quand même plus complexe qu’à 2 ou 3…) et il ressort de tout ça que l’utopie de Fukuyama a fait long feu. Cette Europe mercantile, idéologiquement sortie de l’Histoire, régulée par les seules lois du marché mondial a vécu. (25% on prend sur la gueule ! : retour à la puissance, hélas, seule réalité dans une table de négociation ; Staline : le Vatican, combien de division : tout ça est bien connu et bien oublié)

Cette Europe qui devait nous débarrasser de la guerre devenue impraticable, empêtrés que nous étions dans d’affreuses nations rances et frileuses, nous a montré une vérité bien cruelle. On n’a jamais été aussi vulnérable depuis 1945. Irons-nous nous battre pour défendre l’Europe ? Elle n’existe que comme entité géographique mais pas historique. Non. On ne le ferait que pour ce qui fait une communauté historique, pour défendre une hérédité de mode de vie, une culture à défendre (les blocs musulmans, les indiens, les chinois ont bien compris ça).

Voit-on notre belle jeunesse créolisée mettre les treillis et aller s’exposer sur le front de l’Est ? Verra-t-on les fiertés minoritaires et wokisées aller défendre des frontières étrangères qu’on a naïvement abattu chez nous ?

Nous sommes dépendant militairement des Etats-Unis, dépendant pour l’énergie de la Russie et économiquement des chinois. Belle équation à résoudre. L’Europe encore ?

A deux ou trois pour des projets ponctuels, peut-être, mais de grâce plus de ce projet fédéral intégral de commissaires non élus s’octroyant le pouvoir et dont les traités et les normes nous empêchent parfois de tailler les haies comme on le voudrait.

Je conclurai en disant que si j’étais banquier, je ne ferai aucun crédit à Emmanuel M. Qui se voit bien à la tête de cet empire de fous.

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Une Europe de la Défense en 2025 ? Des crédits budgétaires supplémentaires, sans augmentation d’impôts ? C’est la ligne à suivre depuis hier.

N’est-ce pas Pierre de Villiers, général en chef des Armées qui fut limogé en 2017 ? Une des premières décisions du jeune Président M dont le différent portait sur le budget de la Défense.        De Villiers envisageait simplement une

augmentation du budget de la Défense en vue de ce qui pourrait se produire aux frontières sur l’échiquier géopolitique d’aujourd’hui.

Noticule :

M parlait hier dans son allocution de la « patrie », une référence bien rare chez cet aspirant empereur d’Europe. En fait de modèle, il s’agit probablement de Romulus Augustule.

Mais qui sera donc son Odoacre ?

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9 Mars


A Bernard :

Les discussions de café seraient moins approfondies que celles des petits déjeuners ministériels ? Je commence à en douter. Le bon sens peut jaillir de n’importe où.

La situation actuelle est évidemment préoccupante. Si une possibilité de paix se présente ça ne pourra qu’être positif. On n’imagine pas vraiment ce que sont les conditions de ceux qui vivent la guerre. Quant à l’Europe elle n’a pas l’air d’avoir une position bien nette. Une augmentation des budgets de défense ? Même au bistro on aurait pu en avoir l’idée. Mais n’est-ce pas le Président qui, alerté par Pierre de Villiers dès 2017 demandant des crédits de défense en augmentation s’est vu limogé ?

Attendons donc.

Mars est conforme à sa réputation capricieuse. Le plein soleil ce matin avec des risques de crues cet après-midi.

Une occasion pour finir le dernier Onfray "l’autre collaboration". Où il s’agit de Sartre, Beauvoir, Garaudy, Derrida et quelques autres dans de tortueux parcours intellectuels. En attendant la revue trimestrielle Front Populaire, fréquentée par les souverainistes de tout horizon.

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10 Mars


A Bernard :


Je réponds sommairement. Tes réponses sont très tranchées. Ce sont les réponses de G. Attal à la virgule près.

Plus d’Europe ; Egale rien du tout. Cette Europe militaire n’existe pas.

27 pays qui tirent chacun pour soi quand il faut prendre une décision. Sur la défense justement, les allemands, les hollandais achètent américains. Et leurs avions ne peuvent être opérationnels qu’avec accord des dits américains ; Plus d’Europe ? Comme on disait naguère plus de communismes, toujours plus C’était ça qui faisait que ça marchait mal…

800 milliards ; c’est le fantasme de madame von der… (et dire qu’on a mis des mois à trouver un budget). Et de quel droit nous demander de mettre encore la main à la poche alors que nos députés se battent pour savoir où faire des économies ! Les commissaires européens décideraient à la place des peuples européens ?

J’ai remarqué que tu avais tenté de reposer la question " quelle volonté charnelle…". Tu t’es arrêté en route.

Et puis les frontières on les accommode comme on veut. Je me souviens que le Général les voyait quelque part de l’Atlantique à l’Oural.

Et puis envoyer qui sur le front de l’Est ? on n’est plus même capables de s’être fait respecter en Afrique de l’ouest (Wagner au Mali).

Et c’était des militaires professionnels. Envoyer les classes d’âge des ex conscrits. Je sens venir déjà comme de l’indiscipline. Et des binationaux qui vont faire jouer le bi…

On a donc du mal à mourir pour la France.

Je suis désolé on ne meurt pas pour l’Europe.

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11 Mars


A Bernard :


Le problème est inquiétant. Mais je ne me fais pas d’illusion : nous ne pouvons faire d’Europe que civilisationnelle. Alors oui, nos alliés naturels sont géographiquement nos voisins. Maintenant, l’Ukraine/tampon restera dans une paix relative et je ne crois pas à cet abandon géopolitique des Etats-Unis. Trump en a parlé avec beaucoup trop de virulence pour être vrai. Il veut, dans ses deux priorités, découpler tant que possible la Russie de la Chine, et protéger les intérêts économiques de son pays, ce pourquoi il a été élu. Il veut que nous prenions les responsabilités qui devraient être les nôtres. C’est plus pour l’Allemagne qu’il vise comme premier dépendant des E.U. A nous d’augmenter nos budgets de Défense (les doubler serait au moins la moindre des choses). Mais une Europe parlant et agissant ensemble pour une construction militaire est impossible : nous ne sommes qu’un conglomérat de pays, et on ne fait de défense que vitale et souveraine. C’est comme un corps humain : ce qu’il reste d’une intégrité physique.

On va attendre les prochains évènements d’Arabie Saoudite.

Entre temps on pourrait faire respecter nos valeurs dans notre propre pays. : le voile veut maintenant s’inviter sur les stades de foot (la ministre des sports y "serait" favorable), l’islamisme qui grignote chaque jour est un souci majeur. Et tous les maux inhérents à cet islamisme-là. Nous ne sommes peut-être pas d’accord sur certaines choses, mais tu reliras mes arguments (carnet) pour que nous n’ayons pas à revenir sur ces sujets.

Donc demain l’Irlande. J’espère que tu n’auras pas le temps qu’il fit ici depuis hier midi : petite pluie féline et constante, ciel bas qui rendent les palmiers tout à fait incongrus.

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16 heures
(Suite )

Je dis simplement que l’Europe fédérale (avec des commissaires qui ne représentent personne) n’est qu’une structure bureaucratique. Avec toutes les contraintes empiétant sur les structures existant en chacun des pays concernés. On voit bien qu’on ne peut rien décider au Parlement sans que ce soit détricoté par un Traité européen. Les traités ayant priorité sur les textes de lois nationaux. C’est là où le bât blesse.

Dans le contexte qu’on connait aujourd’hui, je remarque que les E.U. ne représentent qu’eux-mêmes, le Russie idem et l’Ukraine idem. Où voit-on que si on ne fait pas l’Europe, on serait réduit à cette image de "tente" sous laquelle se replier ? L’Ukraine est bien contente de son tipi, les américains apparemment aussi. Le japonais, petit pays, est fier de garder jalousement ses dimensions sans chercher à se fédérer avec qui que ce soit. Et puis l’Ukraine a l’air bien heureuse d’avoir retrouvé son indépendance en 1991. N’était-elle donc pas si bien fédérée du temps de ce conglomérat soviétique ? Elle a repris ses pénates, elle s’est retrouvée libre. Ce que fait l’Europe fédérale c’est retrouver (l’union fait faussement la force) ce qu’était l’entité du bloc soviétique il y a trente ans ! Un comble… Non pas pour faire le bonheur de l’humanité mais tout simplement du business.

Au départ ce n’était que ça. Jusque-là encore, rien à dire. Un marché ouvert, élargi le plus possible. Mais une union pour "arriver juste à temps " ce ne serait qu’une hydre sans âme. Une technocratie. Une technocratie n’a jamais constitué un peuple.


Quant à la vidéo que je t’ai fait parvenir, c’est d’une part :

1) on ne pourrait organiser un tel débat sur nos chaînes "publiques".

2) le germano-égyptien qui parle sait de quoi il parle

3) tu as raison, tous les musulmans ne sont pas des terroristes, mais on les voit rarement donner leur sentiment sur la question. Cela me rappelle encore une fois la guerre d’Algérie où les musulmans restaient muets quand on parlait du terrorisme FLN et qui, lorsque la balance a penché de leur côté, étaient fiers d’avoir sur la fin (comme les Résistants de 1946) participé à la Libération de leur Algérie. Les Frères musulmans font un travail remarquable en Occident, et particulièrement en France. Ils font pour leur cause (je le répète, il s’agit d’imposer au monde la loi musulmane) plus au quotidien que n’en peuvent faire les terroristes/repoussoirs. Les Frères musulmans travaillent sur le (très) long terme. Le terrain est tout à fait propice ici.

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à Monique Ariello :


Très belle inspiration qui me fait plutôt penser à quelque Chagall serein sur fond de Terre biblique…

Mais la Divine Comédie est si riche et si large qu’on peut aussi y trouver des moments de calme.

Encore bravo.

L’exposition aura certainement le succès qu’elle mérite auprès des connaisseurs .

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13 Mars


NUAGES


C’était en Juillet dernier à Kaisersberg. La forme des nuages prenait des tournures irréelles que seuls ceux-ci donnent autant profondeur à imaginer. J’ai souvent l’habitude de dire il y a aujourd’hui de magnifiques chou-fleur dans l’azur. Expression presque classique du descriptif céleste. Mais ce jour-là, entre deux rues étroites, en levant la tête, c’est le roi Davis qui apparut. Dans une traînée de manteau à la manière des mariées de la Tour Eiffel ou, plus encore, des mariés de Chagall flottant au-dessus des chaumières de Vence. Le Roi David en majesté, tout en courbe cambrée, au dessin ferme, les mains posées sur les cordes de la harpe, qu’on en entendait presque les inflexions vocales. Puis ce fut un autre Roi David, plus petit qui s’est installé au-dessus du premier comme en parallèle, comme deux vagues venues du fond de la création, entourées toutes deux de massifs informes et cotonneux. L’instant éblouissant ne dura que le temps que les rois perdent progressivement le fil de la chanson. Plus loin, au-dessus de la fontaine aux voyageurs de Compostelle, un lion dévorait le cou d’une gazelle dont la contorsion ondulante zébrait le ciel sans voile si ce n’était que la scène elle-même éblouissait de sa dramaturgie nuageuse l’azur serein du moment.

Il y dans le nuage, la plus extatique des harmonies de l’éphémère. Harmonie parfaite et parfois incomplète, où il ne manque qu’un bref élément comme dans un puzzle incomplet. Et c’est à cet instant que l’imagination du rêveur ajoute la pièce manquante. Parfois la scène est achevée comme ce jour où les rois David faisaient vibrer l’air suffoquant au-dessus des toits de Kaysersberg. Il y a dans le nuage, le plus beau des imprimés éthérés qu’on ne saurait approcher, qu’on ne saurait retoucher et qui, dans sa course résume la trajectoire du vivant dans cette création sui generis, d’engendrement de la forme qui se fixe un court instant, et qui file sans à coup vers sa dissolution.

L’image même du temps qui passe.

Aucune manifestation de la main humaine, pas plus la théâtralité de la Sixtine, ne saurait proposer grandeur nature, une telle monumentalité qu’on croirait certains matins de février, au lendemain de pluies abondantes que la traînée du lever s’accompagne au travers des rayons de soleil, de Moïse de retour du Sinaï. Parfois on croirait entendre gronder mentalement les derniers feux des Commandements eux-mêmes dans les zébrures effilochées sur fond d’éternité.

Il n’est pas jusque dans certaines formations énigmatiques, d’harmonie abstraite, échappant à toute logique, sinon celle d’une infinie poésie indéfinissable, qui ne trouve une perfection apparentée à celle de l’Art de la Fugue.

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Le quatuor à cordes de Boulez est quelque chose de difficile à partager. Il relève de l’intimité la plus enfouie en quelque cinquante-cinq minutes qu’en expose le quatuor Diotima. Du coup, cette nuit, j’en ai aussi écouté celui de Luigi Nono, Fragmente-Stille an Diotima

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Je voyais une belle grande affiche annonçant « le Menteur » de Pierre Corneille. Puis sur le même format que le nom de l’illustre dramaturge, le nom de la metteuse en scène. Si on avait pu d’ailleurs pousser le nom du dramaturge, on l’aurait aisément passé par-dessus bord. Mais on enrage, car le nom de la metteuse en scène est déjà dans les oubliettes.

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24 Mars


A Bernard :


J’écoute Schönberg et j’entends aussi la voix de Nuria. Je l’imagine, c’est maintenant une vieille dame de 94 ans… On reste toujours avec ses souvenirs. Et moi je me perds un peu dans cet immonde archipel du goulag. Je ne l’avais pas lu. C’est pire encore que ce qu’on imagine. Le diable est dans les détails. La méchanceté humaine. Tu fais bien de tailler les arbres. Une certaine forme de sagesse. Les petits sont partis hier en croisière. Ils doivent être à Barcelone. Et demain peut-être à Rome. Je n’aime pas les croisières. J’aime la liberté du voyage en voiture. Bientôt on sera dans le talon de la botte. Matera, Bari, Vieste. Tu seras tenu au courant. Et puis il y aura un récit.

We don’t playing because we grow old we grow old because we stop playing . C’est très vrai.

Je vois que vous avez eu un séjour radieux, sans pluie. Et puis le Livre de Kells ! Lorsque nous étions à Dublin, c’était le jour de fermeture. Donc pas de Livre. Une des gloires de l’Irlande.

Je continue mes bords de mer, mes nuages. Mars est un mois capricieux, le ciel change. J’ai adopté le Kalice. La terrasse prend tout l’espace de la place Rossetti. On croirait entendre battre le coeur de Nice. Et puis il y a la plus belle fille du monde qui vient un jour sur deux. Donc, j’y vais deux fois plus. Entre dix heures et onze du matin, le soleil franchit le sommet des maisons d’ocre et on est inondé de lumière. Je me fais un peu penser à Thomas Mann, vieillard frileux dans les espaces ensoleillés de son sanatorium. Manque à peine la couverture sur les genoux. Dimanche, j’étais le seul autochtone. Que des chinoises, des allemands… Et comme Sainte Réparate était ouverte, on a pu entendre à la fin de la messe, l’orgue jubilatoire, pleins jeux. Ça m’a fait penser à un concert mémorable de Michel Chapuis (vers 76), le pape de la musique d’orgue de Bach.

Le mois poétique sera plus exubérant que je ne pensais. Il y a même quelques belles tournures.

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26 Mars


A Bernard :


PARENTHESE DOULOUREUSE MARS 25

Je ne me suis pas fait trop de souci pour la page d’accueil. Je me doutais qu’il s’agissais d’une petite transformation technique provisoire.

J’ai bien du mal avec cet Archipel qui a tant changé (pour ceux qui ont bien voulu lui accorder du crédit) la vision de soixante-quinze ans d’Histoire révolutionnaire. Et dire que l’Histoire semble repasser les plats quand il s’agit de voir venir les dangers. Le monde d’aujourd’hui étant au moins aussi douloureusement exposé que celui d’il y a un siècle. Le totalitarisme prendra certes un autre visage mais pas moins exposé. Plus encore même au sein de nos sociétés. Le débat sur la visibilité toujours croissante de l’Islam est un symptôme hélas plus qu’une illusion comme d’aucun pourrait le croire. Si l’on excepte LFI qui a pris la responsabilité de voir dans cette avancée spectaculaire pour demain, une chance pour nous (et un électorat neuf pour lui). Tu remarqueras, que lui appelant "le grand remplacement" de ses vœux, les médias ne bronchent pas, les débats deviennent de plus en plus aigus sur le sujet. Tu me demandais, il y a peu, en forme de dérision, si je voyais des musulmans sous mes fenêtres, je te dirais donc, que je n’en vois pas d’où je suis (et je suis encore assez loin géographiquement), mais sur l’avenue Jean Médecin, on se croirait dans le Rabat d’aujourd’hui ou dans Bruxelles… L’intrusion des frères musulmans dans sa stratégie de conquête gagnent tous les jours. Aujourd’hui le débat sur le voile dans le sport, demain l’enseignement "autorisé" dans les écoles. Tu peux croire ma vision des choses pessimistes ou tout simplement déformé, ou idéologique tendancieuse. Je préfère entendre le boxeur franco-iranien (Manchipour) réfugié en France à l’âge de 11 ans qui répondait aux médias évidemment favorables à la "liberté" de porter le voile, que celui-ci n’était que le prémisse d’un linceul dans lequel on sacrifie les femmes. Et tout commença ainsi en Iran. Je me souviens du temps où Khomeiny était logé à Neauphle le château, sa première décision une fois rendu dans son pays, fut de considérer l’Occident (et donc la France qui l’avait accueilli) de grand Satan. L’Iran est restée depuis dans les ténèbres. Depuis presque 50 ans. Manchipour a dit aussi que l’Iran savait mieux que n’importe quel pays ce qu’était l’Islam. Toutes les lignes de conduites de la vie ordinaire y sont conditionnées. Et c’est là aussi qu’il y a le plus d’athées. C’est dire si l’étau est insupportable.

La démographie pour le renouvèlement des générations étant en mode SOS, je me souviens aussi que Boumediene disait déjà dans les années 60 : "le ventre de nos femmes est le ventre révolutionnaire qui verra le drapeau de l’Islam flotter dans votre pays". Paroles audacieuses ?

Voilà, j’espère que tu ne prendras pas ce courrier pour une fadaise (sachant qu’on n’appréhende pas souvent les problèmes sous le même angle), mais je pense que le temps passant, les évènements tendent à me donner souvent raison. Ce qui, dans le cas présent, me navrerait

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26 Mars, c’est la date anniversaire de la mort de Debussy. C’est aussi celle de naissance de Boulez. Aucun musicologue, à ma connaissance, n’a jamais fait le rapprochement. Chaque année pourtant…

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27 Mars


JE NE VAIS PAS (PLUS) AU CINEMA


« Les beaux jours » (2013), comme son nom l’indique n’est pas un film de jours heureux, mais le nom d’un centre de loisirs sur la côte normande. On s’y ennuie ferme apparemment dans ce milieu bourgeois. On est du côté du Tréport apparemment. Les vues extérieures restent sobres et du plus poétique.

J’ai eu la version télévisuelle. C’est bien assez suffisant.

C’est une réalisation de femme, Marion Vernoux. Pour les femmes. Il faut croire que lorsque celles-ci s’expriment c’est souvent en état d’hémiplégie. On s’adresse aux femmes et on parle de problèmes de femmes. Cela aurait eu déjà de quoi me faire bailler. Et pourtant Fanny Ardant n’a jamais été aussi belle, charnelle, filmée de si près qu’on y chercherait, dans le plus grand réalisme revendiqué, les taches de vieillesse nouvelles tout autant que les plis mous des bras dénudés, dans des poses où, paradoxalement elle demeure sublime, avec les ravages du temps qui passent sur son corps comme le bon vin dont on use abondamment ici. Les gros plans sont sciemment répétés dans les scènes de sexe entre le jeune homme et la bourgeoise d’une petite soixantaine. On fait quelques clins d’œil d’escapade dans des lieux coquins à la manière des films porno (parking, sous-sols). Ça reste très bourgeoisement enrobé. La réalisatrice a de l’expérience.  Le faire valoir a juste un peu plus que les filles de la bourgeoise. Ces filles ont entre trente et trente-cinq ans, elles ont chacune des enfants. Ce qui fait que la bourgeoise s’avère être une joyeuse dans la plus stricte tradition française de la femme le mari et l’amant. Je te trompe, on se trompe et le spectateur est prié de trouver ça dramatique, parfois comique. On n’a jamais trouvé mieux en France depuis l’invention de la fin du christianisme illustré. Jusque-là je n’aurais rien d’autre à subir qu’une énième variation sur le thème. Mais le film est plus intérieurement torturé encore, parce que fait par une femme proposant le portrait en gros plan d’une femme. Narcissiquement. A aucun moment n’est dessiné le rapport de la bourgeoise grand-mère avec ses filles, et encore moins avec ses petits-enfants. Non. Ce qui importe c’est de savoir combien de temps cette improbable aventure de fesse va durer. « Me diras tu, me préviendras-tu quand tu en auras assez ? ». (On croirait Jane Fonda revendiquant une pimpante sexualité à quatre-vingt ans…) Commencée comme un jeu, une provocation à l’ennui, le passé est gommé par le présent du besoin animal. Et au spectateur de croire à l’amorce d’une histoire d’amour dont les mots sont toujours pudiquement inarticulés. Mais d’amour on ne peut faire plus foireux tant même le scénario n’a pas l’air d’y croire. Comme les phrases dont on ne comprend que ce qu’on peut. Avec Fanny Ardant cela devient une signature.

L’ennui fait donc des ravages.  Et la femme prend naissance à la naissance de son désir. Vision de femme, vision perverse. Madame Vernoux nous mène à penser que l’animalité de la femme est là revenue, jamais démentie, ce qui par un second paradoxe serait la phase ultime de l’évolution de la femme. Libérée et redevenue du plus pur animal. Le désir assouvi. On se mord la queue si je peux dire. Femme animale, animal revenu. On n’a vraiment pas avancé. Femme de chair, d’animalité, se débattant entre un mari dentiste débonnaire et un amant X qui eut pu être Y ou Z. Ce qui compte pour la réalisatrice, c’est le drame du désir de la femme. Toutes les autres femmes du centre de loisirs s’avèrent également, au hasard de la progression du film, des sacrées baiseuses, chacune à sa façon, sans autres états d’âmes que de dévoiler une vie de baise, de baise intense. Comme Fanny Ardant qui, pareil au cygne, va y aller de son plus beau chant. Ce ne pouvait être qu’un film de femme, laquelle ne peut avoir ou ne veut avoir une vision autre ou élargie du monde. Le désir de la femme, et rien que lui, l’importance de son moi, la qualité de ses non-dits, de ses ruses de ses faussetés, de ses trahisons, le portrait de pied en cap de la femme de toujours.

Laquelle est, en plus, aujourd’hui ravagée de solitude et d’égoïsme à l’âge du retrait, mais pas à celui des derniers feux de l’animal qui s’assouvit.

Perdue à l’instinct de vie. Sinon à la sienne et sa condition bourgeoise. Animal transitoire. Film crépusculaire d’un féminisme faisandé avant même d’avoir eu à envisager une quelconque finalité de celui-ci. Mais peut-être n’est-ce qu’un « autoportrait à l’animale » que donne à voir la réalisatrice ?

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28 Mars


Rendez-vous avec mon cousin Georges et un ami à lui. Ils sont venus pour un congrès du Lion’s. Nous passons la soirée dans un resto charmant du bord de mer à Juan les Pins. Souvenirs du Maroc, de la ferme d’Aïn el Aouda.

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29 Mars


Ce dimanche maussade, nous déjeunons au « Panama », Place Garibaldi. Cécilia fait la connaissance d’Anne-Marie Jacquot. Un bon moment devant le Saint Emilion. On sent la fin de l’hiver.

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31 Mars


COUPS DE JUSTICE


Marine Le Pen écope de la sanction maximale.  On se demande comment pour une faute concernant l’emploi du personnel suppléant de son parti à des fins partisanes peut donner lieu à une sanction si disproportionnée.  On a voulu signifier qu’avec l’argent européen on ne pouvait pas se permettre la moindre entorse. Cent mille (!) euros d’amende, quatre ans de prison dont deux avec sursis et surtout cette fameuse inéligibilité ( exécution provisoire de la procédure) sur les quatre années à venir c’est-à-dire les prochaines présidentielles de 27. La faute n’ayant pas même entraîné de détournements de fonds ni d’enrichissement personnel, on a vu des jugements plus cléments pour des délits autrement plus graves (Fabius et le sang contaminé par exemple : aucune charge retenue). Dans le jugement porté par ce trio de magistrat on eut pu attendre la simple lecture du droit et l’application « proportionnée » de la loi. Ce que demandait par ailleurs le Conseil Constitutionnel. On n’attendait pas des juges qu’ils se fussent posés en juge de moralité en interférant avec l’élection présidentielle à venir. Le vrai nœud de l’affaire. Car la sanction d’inéligibilité n’est plus de nature directe avec un quelconque usage des fonds européens alloués au député et ses suppléants, mais relève d’une entrave à la démocratie. Les juges ayant directement, et en toute connaissance de cause, décidé qui devait ou ne devait pas être candidat aux prochaines élections présidentielles.

Ce sont les électeurs seuls qui posent le bulletin de vote sur le nom des candidats. Quels qu’ils soient. Concernant Marine Le Pen, c’est onze millions d’électeur qui se voient entravés. Par trois petits juges (Costa-Gavras aurait-il fait un film aujourd’hui sur ces entourloupes judiciaro-politique ? J’en doute). Mais on entend déjà des milliers et peut-être des millions d’électeur qui ont le temps de gronder d’ici deux ans. Messieurs les juges, à force de trop avancer sur des terrains arbitrairement politiques vous finirez par voir inversées les mauvaises causes que vous servez.

On a assisté aujourd’hui à une sorte de coup d’état judiciaire. La république des juges était annoncée depuis pas mal de temps, elle peut prendre naissance à la date d’aujourd’hui.

Même Moscou s’est étonnée (on ne sait d’ailleurs si ce n’est pas avec une touche d’admiration pour la technique magistrale… on sait là-bas de quoi l’on parle).

« Les juges ont eu la peau de la royauté, ils auront celle de la république » répétons-nous, et répèterons-nous inlassablement avec François Mitterrand.

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JE NE VAIS PAS (PLUS) AU CINEMA

Hors-normes . C’est le nom du film. J’ai manqué le générique, donc je ne connais le nom du réalisateur. C’est angélique à souhait, c’est idéologique en diable. Et ça passe évidemment sur la 7.

Imaginons, une seconde une Association de bienfaisance faisant du bénévolat en faveur de l’enfance handicapée, des petits délinquants, des autistes en tous genres, profonds et plus légers, bref, de tous ce que la société ne parvient pas à intégrer dans son tissu social, gérée par une bande de rabbins et menée par Bruno Haroche, dans des locaux où évoluent aussi des secrétaires voilées, des musulmanes arabes et des noires sub-sahariennes, laquelle association travaille main dans la main avec une autre menée par Malik, s’aidant mutuellement au travers de toutes les vissicitudes qu’on peut imaginer. Du blacks blancs beurs pour le meilleur et toujours pour le meilleur. Hors-normes, on pense tout de suite à la marginalité de tout ce monde de laisser pour compte. Non, le hors-normes, ce sont ces associations de bienfaisance qui n’ont pas l’agrément, qui n’ont pas leur statut réglementé conformes aux diverses dispositions légales de sécurité et autres petites obligations paperassières. Ce sont d’ailleurs les seuls moments où l’on voit apparaître des citoyens qui semblent des français originaires de la France d’avant : les contrôleurs, les enquêteurs/inspecteurs empêcheurs de vivre ensembles. On voit également, au seuil d’un des bureaux de l’association, un quidam qui se plaint du bruit effectué par la petite ruche en activité et les quelques éclats commis par les gentils délinquants. Les Institutions comme l’hôpital, les centres éducatifs spécialisés n’ont pas plus la sympathie du réalisateur parce que ce n’est pas avec amour et sainteté laïque qu’ils s’y prennent avec leur patients et malades. Mais avec la chimie médicamenteuse. Donc les institutionnels out également. Reste donc ces saints, car sous l’angle du film, ce sont de vrais saints d’aujourd’hui, qui à force de patience, d’amour bourru et d’abnégation, portent la misère fraternelle de demain dans ce monde promis à une diversité heureuse obligatoire. Exactement l’inverse, hélas, de ce que le réel nous flanque chaque jour au visage à chaque coin de rue.

Il est certain que le rôle du cinéma n’est pas forcément de mettre ses pas dans celui du réel. Nous faire rêver est certes louable et souhaitable. Mais illustrer des thématiques sociales en les faisant entrer dans les chaussures trop étroites d’une idéologie et d’un modèle politique trop voyant, ne peut que le desservir.

Vincent Cassel y est malgré tout excellent. Les autres aussi. J’ai pu capter finalement le nom des réalisateurs : Eric Toledano et Olivier Nakache.

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